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Jean Partiot l'aviateur
membre de l'Académie du Morvan

Jean Partiot (8.4.1926 - 4.5.2013)
aviateur mais aussi humaniste, généalogiste et grand connaisseur du Morvan


 

Jean Partiot avait 13 ans quand les Panzer se répandirent sur l'Europe en 1939. Il venait d'entrer dans le scoutisme et s'engageait à défendre son pays, à aider son prochain et à servir Dieu : cette promesse il l'a tenue toute sa vie !

Appelé "panthère flegmatique" pour son caractère fort, associé à une exceptionelle maîtrise de lui-même, il savait écouter et parlait peu. Il devint un chef, remarquable dans l'art d'anticiper, apte à prendre une décision immédiate exactement adaptée à la situation tout en restant attentif à son prochain.

Ses deux parents Léon Partiot et Madeleine Girard étaient originaires de Montreuillon. Il naquit à Sathonay-camp au hasard d'une affectation de son père artilleur. Il fit ses études à Lyon, Montpellier et Issoudun.

 

 

Au service de son pays

A 17 ans il entra dans la résistance, armé de sa grande connaissance du terrain acquise dans le scoutisme. A 18 ans, il fut contrôlé, arrêté à plusieurs reprises et mis au mur d'exécution par les Allemands mais grâce à son incroyable sang-froid il réussit toujours à les berner et remplir sa mission. La France le remercia par une croix de guerre, ... il avait 19 ans (!) et par la croix de la libération le 19 mai 1946, à l'âge de 20 ans !

Comme beaucoup de jeunes des FFI de la région, il s'engagea au célèbre 1er Régiment d'Infanterie créé au xve siècle, dissous en 1942 et reconstitué par le Colonel Bertrand à partir des maquis du Berry. Ces jeunes à peine sortis de l'adolescence parvinrent à ralentir et amener à la reddition les forces allemandes qui se repliaient d'Aquitaine.

Groupe 2-64 Anjou (surnommé le Groupe des Seigneurs)<br />Les hommes et le Dakota (Douglas C47) Mai 1954<br />
Groupe 2-64 Anjou (surnommé le Groupe des Seigneurs)
Les hommes et le Dakota (Douglas C47) Mai 1954

Alors, ce fut la démobilisation, le retour à l'école et l'aviation. D'étape en étape, il devint Colonel de l'Armée de l'Air. Il a participé à la Résistance, aux guerres d'Indochine, de Suez, d'Algérie, aux guerres d'indépendance et à la guerre froide ... ! Il reçut pour cela plusieurs croix de guerre, des citations les plus élogieuses (Biographie militaire(330 Ko)). Enfin, la cravate de Commandeur de la Légion d'honneur gagnée au combat lui fut remise ... !

Mais "Vanitas vanitatum et omnia vanitas" (vanité des vanités, tout n'est que vanité) rappelait-il souvent en citant l'Ecclésiaste. Il ne racontait jamais ses exploits, et ne parlait pas plus de ses distinctions : la guerre était le fait des hommes politiques avant d'être celui des militaires et pour lui ce n'était pas toujours la meilleure solution.

 

Diên Biên Phu

D'un côté le général Vo Nguyên Giàp, un stratège exceptionnel, synthèse vivante de Sun Tzu et Clausewitz, peu regardant sur le coût en vies humaines (estimations : 12 000 tués et 30 000 blessés vietnamiens sans compter les purges et assassinats politiques). Il était armé par la Russie (canons de 105, Katioucha, DCA, etc.) et appuyé par l'armée chinoise. Il se battait pour l'avènement du communisme dans son pays.

De l'autre un pouvoir politique français faible, incapable d'assumer la conduite de la guerre qu'il avait lui-même déclenchée (réduction des crédits militaires, en plein conflit !), le sabotage du matériel envoyé aux troupes (CGT et parti communiste français), un état-major divisé et arrogant, un service de renseignement qui avait décodé le cryptage des communications Viêt Minh et qui avait suivit la construction de la piste Hô Chi Minh, le transport des canons sur 600 km et la noria de camions russes transportant matériel et munitions ... mais qui n'a pas été écouté par des chefs orgueilleux méprisant l'adversaire !

Sur le terrain, l'élite de l'armée française combattait à 1 contre 40, 2000 soldats tués, 15 000 prisonniers dont seulement 3000 sont revenus ... ! Eux se battaient et mouraient ... pour la France ?

 

Décollage sous le feu - Mars 1954
Décollage sous le feu - Mars 1954
Leur dernier espoir
Leur dernier espoir

 

C'était un homme d'action mais aussi un humaniste attentif à son prochain et discret : c'est par hasard et par les intéressés, que ses enfants apprirent comment il avait sauvé la vie de l'un ou de l'autre.

Comme cette fois à Diên Biên Phu, sous les yeux incrédules de ses camarades au sol (et du Viêt Minh) : alors qu'il était hors d'atteinte mais voyant que les appareils qui le suivaient avaient été touchés, il retourna se poser au bout de la piste dévastée par les tirs de mortiers, sous le feu des canons de 105 et des FM qui venaient de pénétrer dans le camp retranché. Il récupéra les blessés, les équipages des avions détruits et redécolla immédiatement, mais à l'envers "par vent arrière", trompant ainsi l'artillerie ennemie paramétrée sur l'autre bout du terrain (un exploit technique avec un Dakota !).

Une tête brulée dira-t-on ? Non, c'était seulement une question de priorité de valeurs, il n'abandonnait pas ses camarades en difficulté et avait vérifié avant d'engager cette manœuvre très délicate, l'adhésion de tout son équipage : la sanction de l'échec, étant la mort pour tous, sa position hiérarchique ne devait pas intervenir dans la décision !

A 28 ans, il avait déja une conception de l'équipe, de la vie et du devoir assez affirmée, située à des années-lumières de celle d'un Rambo écervelé !

 

Après seize années passées en Afrique et en Asie et de retour en France une affectation en Provence l'amena à résider à Bouc-Bel-Air, un joli petit village au sud d'Aix-en-Provence fort aujourd'hui de 14 000 âmes. Ce fut alors un autre type de combat, la sécurité militaire, les services spéciaux et la lutte contre les totalitarismes : la liberté était pour lui une valeur non négociable !

 

 

Scouts de France

l'homme de foi

C'était un chrétien doté d'une foi solide, celle de Saint Paul chevillée au corps, celle des hommes d'action, pas de simagrées et de faux-semblants, devoir de charité prime sur devoir de religion et Dieu premier servi ne cessait-il de dire !

Servir Dieu pour lui, c'était rendre meilleure la société et pour cela, comme son "frère en Morvan" Jean Séverin, travailler à éduquer les jeunes.

Il a ainsi créé et animé un mouvement scout en banlieue parisienne. Une gageure dans ce terreau humain difficile où le couteau était le moyen d'expression privilégié. Une formation "à la dure" raid à la boussole dans les Highlands britanniques et dans les Monts Parnasse de Grèce, en travaillant pour gagner l'argent nécessaire aux voyages. Développer l'esprit de camaraderie et de communauté, le sens de la responsabilité, par des marches, des camps sous la tente par tous les temps. Enfin, apprendre la vie dans la nature à ces jeunes des cités qui ne connaissaient que le béton.

Au bout de quelques années, il y avait de moins en moins d'adolescents receleurs et autres proto-délinquants à récupérer dans le commissariat de la cité. Beaucoup ont ainsi appris grâce à lui l'honnêteté et la vie en société. Beaucoup sont devenus des citoyens responsables à part entière.

 

Un échantillon de la suivante ... !
Un échantillon de la suivante ... !
la première génération ...
la première génération ...

Sa famille

Anne-Marie, son épouse qu'il a aimée pendant presque 70 ans lui a donné 6 enfants. Il compte également à ce jour 35 petits et arrière-petits-enfants.

Il parlait peu mais il n'en pensait pas moins pour autant et quand vint le crépuscule de sa vie, il écoutait et observait les uns et les autres sans se mêler de leurs affaires, mais en cas de difficulté tous savaient qu'ils pouvaient compter sur lui : jusqu'à la fin, il fut une référence et un recours.

Une famille pour qui il a su rester le pilier unificateur : tous ses enfants savent leur chance d'avoir eu un père tel que lui. Venus d'Afrique, des Antilles, de Paris et d'ailleurs ils étaient tous là au dernier jour pour le remercier et lui dire au revoir en ce 4 mai 2013.

 

Jean Partiot raconte ...
Jean Partiot raconte ...

 

Square<br />Colonel Jean Partiot<br />Résistant, 1926 - 2013<br />(Bouc-Bel-Air)
Square
Colonel Jean Partiot
Résistant, 1926 - 2013
(Bouc-Bel-Air)

La retraite

En Provence

Il prit sa retraite en Provence auprès de son épouse inconditionnelle du pays de Cézanne et présida la section du Souvenir français de Bouc-Bel-Air pendant 15 ans : ne jamais oublier ceux qui donnèrent leur vie pour notre liberté !

Quand le Maire lui demanda d'être membre du "comité des sages", il accepta volontier et s'aquitta fort honorablement de cette tâche au service de ses concitoyens.

Il rendit son âme à Dieu le 4 mai 2013 et de nombreux et émouvants témoignages de reconnaissance furent adressés à sa famille. Il fut inhumé à Montreuillon dans le Morvan, auprès de ses ancêtres, comme il l'avait souhaité.

Bouc-Bel-Air lui fut reconnaissant de son action dans la résistance, dans l'armée et sur la commune et donna son nom à un square. L'événement fut relayé par les journaux "La Provence" et le Journal du Centre qui titrait le 21 mai 2015 :" La mémoire de "Jean−l'aviateur" saluée à Bouc-Bel-Air"

 

 

Jean Partiot (à g) en 2011,<br />'un grand connaisseur du Morvan qui connait si bien nos racines'<br />disait de lui J.Severin
Jean Partiot (à g) en 2011,
'un grand connaisseur du Morvan qui connait si bien nos racines'
disait de lui J.Severin

 

Arc-en-ciel sur l'église<br />signe de l'au-delà ?
Arc-en-ciel sur l'église
signe de l'au-delà ?

En Morvan, Jean-l'aviateur

Malgré la qualité de vie en pays occitan, il avait le Morvan greffé à la peau et son village c'était Montreuillon où il venait le plus souvent possible. Ses compagnons de jeunesse l'appelaient "Jean-l'aviateur" car depuis toujours ils savaient que c'était sa vocation et qu'il suivrait l'exemple de son cousin pilote, Henri Petitguillaume.

Longtemps après les courses entre gamins, sur le dos des cochons et les grandes expéditions à travers champs et forêts, Jean devenu Colonel resta toujours le même pour ses anciens camarades restés au village : Vanitas vanitatum ... seules comptaient pour lui l'amitié et la valeur humaine.

A Montreuillon, peu de gens étaient au courant de sa carrière militaire effectuée essentiellement, dans les maquis du Berry, outre-mer et en Provence, mais il était reconnu comme un intellectuel humaniste et discret, féru d'Histoire, généalogiste et doté d'une grande connaissance du Morvan.

Ami d'Antonin Bondat (l'écrivain Jean Séverin), il fut logiquement amené à se rapprocher de l'Académie du Morvan en tant que membre pour y rencontrer d'autres passionnés, travailler avec eux sur des thèmes intéressant la région et réunir un remarquable fond documentaire. Pour la petite histoire, c'est lui qui accueillit l'historien Christian Epin, aujourd'hui membre du Conseil d'Administration, lors de son entrée à l'Académie !

Il entreprit pendant plusieurs années, de reconstituer son arbre généalogique recherchant et vérifiant fiche par fiche aux archives départementales mais aussi dans les communes, disputant en les exhumant, des liasses datant de plusieurs siècles, qui servaient de repas aux rats ... Il retrouva 1200 ancêtres depuis le xvie siècle.

Une fois identifiés, il cherchait à comprendre sur le terrain comment ils vivaient. De routes goudronnées en chemins creux et finissant à pieds, il parcourut le Morvan jusqu'à s'y fondre.

Dans sa famille proche on trouvait des Partiot, des Parthiot et des Girard, mais aussi des Royer, des Dussaule et en remontant dans sa généalogie de façon non exhaustive, des Bertin, des Auribaud, des Blandin, des Branchereau, des Courdavaud, des Gaulon, des Goussot, des Graillot, des Nolot, des Perrin, des Petitguillaume, des Robert, des Taché, des Tartrat, des Tournois, des Thoumelin, etc. A l'orthographe près, beaucoup retrouveront leur nom !

On le disait "taiseux" et pourtant ceux qui savaient l'écouter n'étaient jamais déçus : il était passionné d'Histoire, aimait comparer les différents auteurs et se procurer les textes originaux. Quand il parlait de la bataille d'Esguilly, et ce jusqu'à son dernier jour, il transportait véritablement son interlocuteur en 1475. Il écrivait mais ne s'interessa jamais à la publication de son travail : quelques pages dactylographiées destinées à ses enfants et à ceux que ça interessait, c'est tout ! Il pensait qu'il n'était pas historien et cet homme qui avait contribué à son niveau à construire l'Histoire mondiale se montrait d'une grande modestie face aux gens de l'Art.

C'est aussi de cette époque que date sa fameuse affirmation "je crois fermement que ces parents du temps jadis tendent la main à leurs descendants pour les aider à traverser l'existence, pour peu que ces derniers les fassent vivre en leur mémoire". Un jour il arriva dans une ferme au moment où le maître de maison rendait son dernier souffle. Le curé étonné lui dit : "je ne savais pas qu'il était de votre famille !". "Bien sûr voyons, les parents de nos arrières grands-parents étaient frère et sœur", répartit-il avec une impassible candeur !

Il avait beaucoup voyagé à travers le monde, rencontré maintes civilisations et il savait la chance de ceux qui avaient des racines. Il considérait que ceux-là avaient le devoir d'assurer une continuité de culture et de traditions en les pérennisant.

 

"Jean-l'aviateur" a fait sa partie du chemin, laissé sa marque parmi les Hommes et rejoint les siens "qui dorment au chevet de l'église". Maintenant nous le faisons "vivre en nos mémoires".

Ses enfants - 4.5.2013

 

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