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L'Pé Navette
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La (fausse) mort du Pé Navette


 

Les cafés de Montreuillon

Il en existait deux à Montchanson, un à Saint-Maurice, un à Montcheru, un à Marigny, un à la Roche Ménard (chez Coichot - M. Cavril maintenant) et six dans le bourg, chez Perdriat (l'Néné), chez Léonie Petitguillaume (le café tabac de M. et Mme Bondoux), chez Gaulon, chez Cas, chez l'Pé Boussard (maison Jeannin) et chez Devoucoux (Mme Balland). Peut-être en ai-je oublié ?

Les cafés de l'époque n'étaient certes pas des salons de thé parisiens : on y parlait fort, on y levait le coude sans modération et il se dit que plus d'un a été raccompagné chez lui dans une brouette (en passant par derrière, evidemment)

il faut dire qu'à l'époque la mesure n'était pas seulement la "chopine" : Léonie avait fait construire un mur et elle a dû pour cela verser une petite somme d'argent, les treuffes au lard le midi et ... une pièce de vin (228 litres) qui était vidée sur place ! Et pourtant les nonagénaires n'étaient pas l'exception no dou diou !

Mais rendons justice à nos anciens, les cafés étaient aussi le seul lieu de convivialité qui existait. Un endroit bien chauffé et l'une des rares distractions dans leur rude vie. On y jouait aux cartes, on y racontait des histoires, mais on y traitait aussi les affaires, on y faisait circuler l'information, on parlait de ses misères, en fait on soudait la communauté !

Et puis, si le Dimanche les hommes prenaient plutôt le chemin du bistrot que celui de l'église, ils savaient bien que leurs femmes priaient pour racheter leurs péchés et que le bon Dieu aurait pitié d'eux, pauvres bougres et braves gens !!

 

Depuis le temps que j'entends parler du Pé Navette, j'ai voulu retracer quelques moments de la vie de ce personnage qui était apparemment, à l'époque, une figure du village (je sais, il y en avait d'autres ...)

Le Pé Navette, prénommé Simon, était né à Montreuillon en 1853. C'était un petit bonhomme, qui habitait avec sa famille à la place de l'actuel garage de Denise et Henri Bondoux.

Il était cordonnier de son état, mais aussi fossoyeur, sacristain et entretenait le cimetière.

Ce n'était pas la richesse chez lui et il n'y avait ni eau ni électricité et les gens lui donnaient un peu de tout. Devant sa porte, il y avait une quantité de casseroles, poêles, divers ustensiles, etc.

Il était un peu le souffre-douleur des enfants du village qui lui faisaient beaucoup de farces. En face de sa maison, au pied des escaliers qui mènent à la place de l'église, il y avait un regard dans lequel il prenait l'eau pour laver ou cuisiner. Une fois, certains élèves, en revenant de l'école, se sont amusés à "pisser" dans le regard en question. Vous imaginez sa colère, en employant son juron favori : "nom de bon !". Mais il puisa l'eau quand même ! Parfois, comme d'autres en ce temps-là, il partait en "beurlée" et faisait de nombreux cafés. Il n'allait pas dans tous je pense, car il y en avait beaucoup !

Un jour, il décida de monter sur le clocher. Il grimpa jusqu'en haut, escalada la flèche du coq et arrivé au sommet, il fit "le châgne drait". Sa femme hurlait "mon Dieu, mon Dieu" et les gens amassés au pied de l'église faisaient le signe de croix. Il redescendit sans encombres, il faut dire que le clocher c'était comme chez lui : qui sait que sa signature demeure encore de nos jours sur la cloche ? et surtout vu ses fonctions, il était protégé !!

Une autre fois, son fils Germain alla à la mairie chercher Célestin Bondat, secrétaire, en hurlant "vins vite, mon pé o mort !" On appela alors M. Joly, électricien de son métier mais surtout un homme qui savait tout faire (il habitait dans la maison détruite à côté de M. et Mme Houssin) si lui ne trouvait pas de solution, personne ne le pourrait. Il commenca donc par lui asperger le visage d'eau bénite avec du buis comme c'était l'usage : sans doute un miracle de l'eau consacrée et bien fraiche, l'Pé Navette se redressa . Mais voyant les cierges aux coins de son lit et les mines compassées il s'esclama "quouai dont qu'ai yé, quouai dont qu'ai yé ? i seu point mo" ! Effroi dans l'assistance !

C'était vraiment quelqu'un de solide (soutenu aussi par ses anticorps !) car il mangeait toutes les volailles et les lapins crevés ainsi que les renards. Lors de la mise en eau du barrage de Pannecière, de nombreuses truites mortes flottaient dans l'Yonne (pourquoi ?), lui il les ramassait pour les manger.

On était loin des mesures d'hygiène d'aujourd'hui et pourtant, il mourut, pour de bon cette fois en 1951, à l'âge de 98 ans.

Annecdote rapportée par Bernard Mouron

 

 

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