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Montreuillon
Le Morvan au cœur de l'Europe

Cette meule gisante (ou dormante) a probalement travaillé pendant des centaines d'années sur cet éperon de La-Roche-Ménard proche du château d'Eguilly. Jusqu'à ce xxe siècle qui a remplacé l'éclairage à l'huile de navette par le pétrole et l'électricité et coupé les noyers qui bordaient les champs.

Alors elle fut abandonnée aux ronces, sa complice, la meule tournante (ou courante) qui écrasait les grains et le mécanisme qui l'actionnait ont disparu. Quant à l'âne ou le boeuf qui probablement tournait inlassablement autour de l'ouvrage ils ont été affectés à d'autres tâches avant de mourir

 

En cours de mise à jour

Les moulins à huile

La littérature est riche en exemple concernant la fabrication de l'huile d'olive et du commerce de cette denrée autour de la Méditerranée.

Il semblerait que la religion juive très attachée à la symbolique de la lumière ait fait beaucoup pour cela. Des lampes à huile datant de la seconde moitié du premier siècle avant JC et portant des signes hébraïques ont été retrouvées en Provence. Des traces de transactions commerciales datant du xvie siècle et concernant des commerçants juifs ont été retrouvées.

Les moulins dans cette région étaient essentiellement actionnés par des hommes ou des animaux (moulins "à sang") du fait de la forme des meules et surtout du manque d'eau.

Le Nord ne rencontrait pas ces difficultés et les moulins actionnés par l'énergie hydraulique étaient connus dès le xie siècle. Ils étaient utilisés aussi bien pour écraser les grains que les minerais. Des moulins à huile datant du xiiie siècle ont été retrouvés dans le Forez.

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L'âge de celui de Montreuillon est inconnu, mais les meules en rhyolithes étant très recherchées, il n'est pas aberrant de penser que les moulins de la région ont utilisé des meules fabriquées dans ce village.

L'huile source d'énergie : l'éclairage

La chandelle

Elle fut pendant longtemps le seul moyen d'éclairage. Elle aurait été inventée par les Celtes qui la fabriquait avec le suif de leur mouton dans lequel était incorporé une mèche de coton. L'intensité de la lumière était faible, la fumée et l'odeur étaient très incommodantes. La corporation des "chandeliers" naquit vers 1016 sous le règne de Philippe Ier.

C'est aussi dans l'ère médiévale qu'apparut la lanterne, boite translucide en métal et en corne dans laquelle était placée une lampe ou une chandelle.

Les pays méditerranéeens qui avaient de l'huile d'olive en abondance utilisaient peu la chandelle rudimentaire au suif ou même à la cire d'abeilles et au Nord d'autres sources d'oleagineux ont été recherchés : ce fut la Navette et la noix ! Il suffisait de les écraser, de chauffer ce broyat pour en extraire l'huile et la partie solide était récupérée pour en faire un tourteau consommable par les animaux (le "truillot" en morvandiau). Ensuite il fallait inventer des dispositifs capables d'utiliser ces huiles liquides. L'aventure des lampes à huile dura jusqu'au xixe siècle

Les lampes à huiles

Elles existaient depuis l'antiquité. Il s'agissait alors d'un réservoir contenant l'huile dans lequel trempait une mèche qui dépassait d'un bec. Elles présentaient l'inconvénient de donner peu de lumière, de fumer, d'émettre une odeur âcre (combustion incomplète) et de donner une lumière rougeâtre. Pendant le Moyen Âge en Europe elles restèrent cependant un moyen d'éclairage très répandu et préférable à la chandelle.

La lampe de Proust

vers 1780 le chimiste Joseph Louis Proust inventa une lampe dont le réservoir était situé sur le coté et plus haut que le bec de façon à ce que l'huile alimente ce dernier par gravité et reste à niveau constant selon le principe du vase de Mariotte (l'abreuvoir à oiseau). Le remplissage du vase se faisait en basculant la lampe ...!

La lampe d'Argand

C'est en 1783 que Pierre-François Amédée Argand (dit Ami Argand), un physicien genevois, présenta sa lampe à huile à mèche plate double courant d'air et cheminée (d'abord en métal puis en verre). L'éclairage était irréprochable et elle ne fumait pas. Elle fut plagiée et vulgarisée par Quinquet. Le principe du double courant d'air et de la cheminée inventés en 1784 furent conservés dans tous les modèles inventés par la suite. Le réservoir était amovible et muni d'une soupape, ce qui évitait de renverser la lampe pour ajouter de l'huile. Les améliorations portèrent essentiellement sur l'approvisionnement en huile

La lampe de Carcel

Bertrand Guillaume Carcel était horloger. Ainsi, en 1800, pour éviter l'ombre créée par le reservoir latéral, il le placa sous le brûleur. Pour faire monter l'huile, il installa un approvisionnement continu grâce à un mécanisme d'horlogerie qui actionnait une micro-pompe.Ce système était coûteux et son entretien devait être exécuté par un horloger, ce qui en limita sa diffusion

La lampe à modérateur

En 1836, Ce type de lampe subit des amérioration concernant l'alimentation en huile. La plus significative fut inventée au xixe siècle sous le nom de "lampe à modérateur" attribuée à M. Franchot mais qui modestement déclara qu'il n'avait fait qu'assembler les innovations mises au point par d'autres

Les bougies à stéarine

En 1823 Michel-Eugène Chevreul découvrit la réaction de saponification : une triglycéride saturée (huile de coco et surtout l'huile de palme) traitée par une base (soude ou potasse) donne un acide gras (acide stearique ou stéarine par exemple) et un alcool (le glycérol ou glycérine). Mais à vrai dire ce procédé était surtout adopté pour faire du savon.

Un autre procédé fut défini en 1836 par Frémy, la préparation dite "par voie sèche". Il attaquait les corps gras par un acide fort (l'acide sulfurique) pour obtenir un mélange d'acides faibles (oléique, stéarique, ...). Le glycérol n'etait alors pas récupéré5. Les produits acides obtenus étaient ensuite traités à l'eau bouillante, nettoyés par distillation et l'acide stéarique séraré des acides liquides (oléiques) par pression.

La stéarine remplaçait avec bonheur le suif et l'amélioration de la mèche permit d'obtenir des bougies (cierges) qui ne fumaient pas et qui ne dégageaient pas d'odeurs nauséabondes. Leur mèche à 3 fils de coton tressés se consumait complètement et n'avait pas besoin d'être "mouchée". Enfin elle duraient plus longtemps que les chandelles.

Les autres sources de lumière

L'éclairage au gaz

Philippe Lebon inventa en 1786 l'éclairage au gaz de bois et de charbon. Il aurait été assassiné sur des Champs-Élysées insuffisamment éclairés le 2 décembre 18046. L'idée fut reprise en Angleterre par William Murdoch en 1798 avec le gaz de houille, mais sans plus de succés, en particulier à cause de ses émanations insalubres.

Le procédé de purification du gaz par de la chaux fut inventé par l'anglais Samuel Clegg et popularisé par un allemand, Frédéric-Albert Winsor. Ce n'est qu'en 1819 que Paris commenca à être éclairé au gaz, ce qui éclipsa progressivement les réverbères à l'huile.

A la fin du xixe siècle, du gaz d'éclairage beaucoup plus propre et plus éclairant fut obtenu par décomposition de l'huile à température élevée, l'hydrogène carboné. Mais le prix de la matière première comparé à celui de la houille condamna le procédé

L'huile de shistes

Dans la région d'Autun des shistes bitumineux furent extraits . Ils produisaient par distillation une huile de shiste qui fournissait un éclairage très brillant

Le pétrole

Mais la véritable révolution fut celle de l'arrivée du pétrole comme source d'éclairage en 1863. Son coût était à peine plus élevé que celui du gaz et les lampes beaucoup plus simples, moins chères et plus faciles d'emploi que celles qui fonctionnaient à l'huile ou au gaz.

L'électricité

Enfin l'éclairage électrique fit son apparition sur quelques places parisiennes lors de l'exposition universelle de 1878, mais cette nouvele énergie n'a pas suscité chez les comtemporains un grand enthousiasme. Pour l'anecdote, le scientifique Louis Figuier concluait son chapitre ainsi :"l'éclairage électrique ne supprimera donc pas l'éclairage au gaz" (L. Figuier - 1887 p.250) !

L'éclairage dans les campagnes

 

Toutes ces découvertes scientifiques ont exclusivement concerné les villes, voire les grandes villes.

Dans les campagnes, ces innovations techniques eurent peu d'effets sauf pour quelques notables qui disposaient de moyens financiers suffisants.

Chez les paysans, jusqu'au xixe siècle c'est la cheminée qui éclairait la pièce, éventuellement une lampe à huile rudimentaire ou une chandelle au suif (les bougies à la stéarine étaient trop coûteuses), ... jusqu'à l'arrivée du pétrole au début du xxe siècle et de l'électricité dans les années 1930 à Montreuillon (dans le bourg seulement !).

En fait, ils vivaient surtout au rythme du soleil !

 

Discussion et conclusions

Le moulin de Montreuillon et les moulins à huile en général ont disparu quand l'huile d'éclairage céda la place aux sources d'énergies fossiles.

Mais aujourd'hui, les graves problèmes que posent pour l'avenir de la planète et simplement la survie du genre humain, l'utilisation du pétrole ou de l'énergie atomique amènent à se poser la question d'une utilisation raisonnée de l'huile-énergie d'origine végétale.

Les agriculteurs savent très bien que les anciens moteurs diesel qui n'avaient pas besoin d'électronique fonctionnaient bien à l'huile de navette ou de colza sans aucune transformation.

Les chercheurs ont mis au point et optimisé des procédés permettant d'utiliser proprement les agro-carburants et l'huile-énergie en particulier dans des générateurs électriques. Ce qui permet en particulier de réduire très fortement le besoins en énergie fossile et de rendre indépendantes les petites communautés villageoises.

Il n'est donc pas dit que nous n'aurons plus besoin de moulin à huile dans l'avenir !

Michel Partiot Académie du Morvan - septembre 2018

 

Remerciements

Merci à Michèle Guiblin pour sa recherche attentive du Montreuillon d'antan

 

Bibliographie

  • Berte-Langereau P. et Landry P., 1992 - Les moulins du Morvan - Ed. de la Taillanderie, 35 p.
  • Deitz P. 2009 - Histoire des luminaires : histoire des hommes - Ed. du perron, Liège Belgique - 592 p.
  • Figuier L. - 1887 - L'art de l'éclairage - Bibliothèque instructive - Ed. Jouvet et Cie - 280p.
  • Fotseu W.N. et al - 2011 - Adaptation du moteur diesel Rhino à l’utilisation de l’huile de Jatropha comme Carburant - Journées scientifiques du 2IE - Ouagadougou 4 au 8 avril 2011.
  • Pernoud R. - 1981 - Lumière du Moyen-Âge - Ed Grasset, Paris. - 270 p.
  • Rocquelin G., Leclerc J., Boccon D, 1969 - L'huile de colza riche en acide érucique et l'huile de colza sans acide érucique. II - Utilisation digestive comparée chez le rat - Annales de biologie animale, biochimie, biophysique, 1969, 9:413-426 .
  • Treffort C., 2001 - Les lanternes des morts : une lumière protectrice ? - Cahiers de recherches médiévales et humanistes 8:143-163 - Ed. Classiques Garnier.

Documentation numérique

Notes

  1. Une toise : 1 toise = 1.949 m soit 6 pieds, 2 verges ou 1 aune et demi
  2. Eschatologie : science des choses ultime ; l'histoire des religions montre qu'elles ont toujours joué sur les thèmes, (i) le destin individuel post mortem et (ii) la fin du monde. Soit "tout meurt avec moi" (donc nécessité de la religion, de la vie éternelle ou de la réincarnation) ou "rien ne manquera à l'univers après ma mort" (donc je ne suis rien, il n'y a aucune raison pour qu'il y ait une vie éternelle et ... à quoi sert la religion ?) ; ... à chacun sa réponse !
  3. La consécration des cimetières : avant cela il était évident dans le monde chrétien que la mort retirait aux hommes le droit de juger puisque c'était désormais Dieu qui s'en chargeait. En consacrant les cimetière, l'Eglise s'arrogeait le droit d'accepter les bons chrétiens et ceux qui ne méritaient pas d'être enterrés en terre consacrée (excommunication). C'était l'époque des luttes de pouvoir entre les rois et le pape (voir L'église catholique dans la tourmente)
  4. Aître : terrain entourant l'église et qui sert de cimetière .
  5. Saponification : selon la triglycéride et la base utilisée on obtient un acide gras solide (savon) ou plus ou moins mou (stéarine).
  6. Mort de P. Lebon : on ignore pouquoi cette légende fut propagée. En fait il serait mort chez lui, le 1er décembre 1804, veille du sacre de Napoléon III comme le prouvent les 2 actes de décès (civil et religieux).

 

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