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Les crues de l'Yonne à Montreuillon

L'inondation de janvier 1910


 

En cours de mise à jour

Une crue centenale en Morvan

 

Préliminaires inquiétants

Les mois de septembre et octobre 1909 furent particulièrement pluvieux. En fin novembre une période de gelées rendit les sols imperméables et en décembre 1909, le Haut-Morvan et la ligne de partage Sud-Est reçut plus de 300 mm de pluies continues et de la neige sur les massifs.

Tout était donc prêt pour que la moindre averse sur le Morvan et ses sols saturés en eau évolue en catastrophe

Scénario météorologiques en 4 phases

du 9 au 12 janvier

Un "régime de blocage" dû à de forts anticyclones, à l'Ouest de la péninsule ibérique et en Méditerranée et au Nord à une importante dépression islandaise. Tout cela se traduisit par un système dépressionnaire figé et de fortes précipitations sur le bassin parisien et le Morvan

du 13 au 16 janvier

Remontée des anticyclones qui amorcèrent un "retour d'Est" et l'arrivée d'une vague de froid sur l'Est, le Nord et le centre de la France

du 17 au 21 janvier

Renforcement de la dépression islandaise qui se décale vers le sud de la Scandinavie et du "retour d'Est" alimenté par l'air chaud venant du Sud-Ouest. L'air froid vint alors du Nord puis du Nord-Ouest : en Morvan, pluies abondantes (120 mm en 4 jours a Château-Chinon) et fonte de la glace ; l'Yonne et tous ses affluents débordèrent.

du 21 au 24 janvier

Arrivée d'une nouvelle perturbation océanique venant du Nord-Ouest qui acheva de faire déborder tous les affluents de la Seine et le fleuve lui-même : Paris était sous les eaux !

 

Inondation d'Auxerre en 1910<br />(avenue du Pont de la Tournelle)
Inondation d'Auxerre en 1910
(avenue du Pont de la Tournelle)
Inondation d'Auxerre en 1910<br />(depuis le Pont-Neuf)
Inondation d'Auxerre en 1910
(depuis le Pont-Neuf)
Inondation de Sens en 1910<br />(Le Pont du Diable)
Inondation de Sens en 1910
(Le Pont du Diable)
Inondation de Sens en 1910<br />(Avenue Vauban)
Inondation de Sens en 1910
(Avenue Vauban)

 

L'inondation dans le Morvan

18 au 20 janvier 1910

Le bassin de l'Yonne (Yonne, Beuvron, Cure, Serein, Armançon) reçut jusqu'à 120 mm de pluie par jour tombant sur des sols déja saturés, sans discontinuer.

Toutes les rivières du bassin de l'Yonne charriaient déja des flots furieux à leur maximum de puissance pour un mois de janvier. Sur les terrains imperméables, les granites, argilites marnes et grès du Lias, rien ne pouvait ralentir ces torrents. Les terrains calcaires karstiques, saturés en aval n'absorbait plus rien et au contraire participaient à l'événement par leur sources éphémères qui débordaient (E.Belgrand et G.Lemoine, 1868).

A Montreuillon, l'Yonne débordait déja dans les près : l'inondation semblait imminente ! Effectivement, le 20 janvier 1910 les flots submergèrent le bas du Bourg, remontèrent la vallée du Bruye et l'Yonne atteignit les 3.05 m (son maximum) au Grand-Pont. Le niveau de l'Armançon fut observé à 3.60 m à Aisy-sur-Armançon, le Serein, à 3.50 à l'Isle-sur-Serein. Une crue majeure était attendue à Auxerre,Tonnerre, Chablis et Sens

A Auxerre L'Yonne, grossie des flots du Beuvron et de la Cure déborda de son lit majeur et les hauteur d'eau se rapprochèrent en amont de ceux de la crue historique dans le bassin de l'Yonne, celle de 1866.

L'inondation n'avait pas encore atteint significativement Paris mais l'inquiétude montait

21 au 23 janvier 1910

L'épisode de pluie s'achevait sur le Morvan mais les cumuls étaient considérables (120 mm à Chateau-Chinon, 130mm à Saulieu, 200 mm Aux Settons, etc.). L'onde de crue se stabilisait pourtant sur le Haut-Morvan mais elle concernait maintenant Auxerre le niveau atteignait 3.45 m et l'eau montait encore. De même à Sens, déja 3.64 m avec une prévision de 4.50 m dans les 36h

le 22 janvier, la décrue était amorcée sur l'Yonne-amont (à Montreuillon), L'Armançon, le Serein et la Cure. A Auxerre l'eau était à son maximum, 3.80m avec pourtant une tendance à la baisse. L'onde de crue était arrivée à Sens à la cote 4.27m (équivalente à celle de 1866); elle devait atteindre dans la nuit son maximum à 4.38 m

Enfin, le 23 janvier la décrue s'amorça sur tout le bassin de l'Yonne. Le lendemain, des pluie modérées reprirent mais la décrue se stabilisait sur le Serein et le Haut-Morvan et se poursuivait sur tout le Bassin de l'Yonne.

Tout le Morvan pansait ses plaies et même si l'inondation était moins importante dans la région que celle de 1866, les dégats étaient considérables.

Cependant en aval, les événements n'étaient pas terminés : au confluent avec la Seine, à Montereau-Fault-Yonne, la cote de l'Yonne prévue dans les 24h se situait à 5 m. A ceci, les deuxièmes pics de crue, en particulier ceux du Loing, du Grand Morin et de l'Oise se rejoignirent dans la Seine provoquant à Paris l'inondation la plus mémorable des temps modernes. Aux dires des experts de l'époque, elle aurait été certes importante de toutes façon mais ce qui en a fait une catastrophe c'est la concomitance des pics de crue de tous ses affluents.

 

Inondation de Clamecy 20/1/1910<br />(L'Yonne en furie au Perthuis)<br /><em>Yonne + Beuvron</em>
Inondation de Clamecy 20/1/1910
(L'Yonne en furie au Perthuis)
Yonne + Beuvron
Inondation d'Auxerre en 1910<br />(rive droite depuis la cathédrale)<br /><em>Yonne + Beuvron + Cure</em>
Inondation d'Auxerre en 1910
(rive droite depuis la cathédrale)
Yonne + Beuvron + Cure
Inondation de Sens en 1910<br />(Avenue Vauban)<br /><em>Yonne + Beuvron + Cure + Serein + Armançon</em>
Inondation de Sens en 1910
(Avenue Vauban)
Yonne + Beuvron + Cure + Serein + Armançon
Inondation de Joigny en 1910<br />(Le port au vin)<br />Yonne + Beuvron + Cure + Serein
Inondation de Joigny en 1910
(Le port au vin)
Yonne + Beuvron + Cure + Serein

Michel Partiot Académie du Morvan - juin 2017

 

Bibliographie

  • Aquadoc-Geode,2004, L'inondation de Paris en 1910; De l'événement aux réflexions actuelles - Projet de l'Union Européenne (FEDER) 2002-2005
  • Boudou M., 2015 - Monographie des inondations de janvier 1910 (étude centrée sur le bassin du Doubs) Research Gate - DOI: 10.13140/RG.2.1.1448.5366
  • Boudou M., 2015 - Approche multidisciplinaire pour la caractérisation d’inondations remarquables : enseignements tirés de neuf événements en France (1910-2010) - Thèse U. Paul Valéry - Montpellier III - HAL Id: tel-01305937 - 464 p.
  • DRIEE-IdF, 2010 - Conditions de déclenchement de la crue de 1910 - Risques et nuisances - Connaissance et prévision des crues - Dossier crue 1910
  • Izambart G., 2011, Retour d'exérience et vulnérabilité - L'apport de la pratique de retour d'expérience pour comprendre la vulnérabilité face aux inondations, M2 Géographie et Aménagement, 15.6.2011 - U. Toulouse Le Mirail - UMR Geode, 5602 CNRS, 241 p.
  • Lang M. et Coeur D., 2014 - Les inondations remarquables en France Inventaire 2011 pour la Directive Inondation - Ed. Quæ - 512 p.
  • Lang M. et al, 2013 - Les inondations remarquables en France premiers éléments issus de l'enquête EPRI 2011 - La houille blanche n°5 2013, pp.37-47 - Hal Id : hal-00936942
  • Lemoine G., 1911, Observations générales sur les crues de janvier 1910, Bull. Soc. Sc. historiques et naturelles de l'Yonne - vol. 64, tXIV de la 4e série - pp. 76-80
  • Loge d'Ausson (de la) E., 1911, Inondations de janvier & février 1910, Bull. Soc. Sc. historiques et naturelles de l'Yonne - vol. 64, tXIV de la 4e série - pp. 85-106
  • Maillet E., 1911, Sur la crue de la Seine à Paris en janvier 1910, Bull. Soc. Sc. historiques et naturelles de l'Yonne - vol. 64, tXIV de la 4e série - pp. 70-73
  • Maillet E. et Nouailhac-Pioch F.,1910, La crue extraordinaire de la Seine en janvier 1910 - Annales de géographie t.19,n°104, pp113-119
  • Picard A.,1910, Rapport général à M. le Président du Conseil, Commission des inondations-Rapports et documents divers, 87 p.
  • Picard A.,1910 - Conclusions de la Commission des inondations CR Académie des Sciences 8/8/1910 - p.428
  • Schneider M.,1997, Caractérisation météorologique de la crue de 1910 en région parisienne, La Houille blanche, N° 8, 1997, p.28-32 p.

Documentation numérique

Notes

  1. bassin−versant : aire où se rassemblent les eaux qui se déversent dans un même exutoire (rivière, fleuve, mer).
  2. Ligne de partage des eaux : limite entre plusieurs bassins versants
  3. Coupe au furetage : 1/3 des tiges de la parcelle est exploité selon une fréquence de 3 a 10 ans. Si bien que le sol est toujours couvert. Financièrement le propriétaire ne récupère que le tiers de la valeur de son capital.
  4. Coupe à blanc : tout le bois de la parcelle est coupé. Le sol est à nu. Le propriétaire récupère la totalité de son capital en une seule fois.
  5. Bois canard : (flottage) se disait des bûches qui avaient séjourné trop longtemps dans l'eau. Elles devenaient pesantes, coulaient et s'envasaient. Les "canards" étaient récupérés après le flot et mis à sécher pour être utilisés plus tard
  6. Bois de Moule (moulée) : le bois était coupé à une longueur de 3 pieds et demi (1.14m) ; le diamètre des plus grosses bûches se mesuraient dans un anneau (Moule) de 18 pouces de tour (45.77 cm) et constituaient "la moulée".
  7. Bois-neuf : bois n'ayant pas été "flotté à bûches perdues" mais transporté par bateau
  8. Flottage à bûche perdues : il s'agissait de transporter le bois en le faisant flotter, depuis les ruisseaux proches des chantiers de coupe jusqu'a l'Yonne et la Seine et enfin la capitale. Le bois coupé et marqué était jeté à l'eau bûche par bûche, en vrac et récupéré en aval pour y être assemblé en trains, sorte de radeaux de 75 m de long et de 4 m de large acheminé jusqu'à Paris. Pendant 4 siècles le Morvan alimenta ainsi les parisiens et leur économie en bois !
  9. "Flûte de Bourgogne" : péniche à fond plat, de 30 à 38 m de long sur 5 m de large, arrondie à l'avant et plate à l'arrière, pourvue d'un gouvernail très particulier pouvant être remonté en fonction de la charge. Les "Flûtes" morvandelles ne dépassaient pas 30 m (écluses du canal du nivernais hors normes) et pouvaient contenir seulement 150 tonnes de frêt. Elles furent construites à Clamecy pour le transport du bois (cf. E. Guillien, 1999). Elles étaient halées à bras d'homme et/ou de femme ou par des chevaux
  10. Toucher-queue : les premières bûches du flot étaient placées le long des rives parallèlement aux berges pour former une sorte de canal (bordage de la rivière). Ainsi les suivantes circulaient plus facilement. En fin de flot, ce bois était à son tour repoussé au centre de la rivière ; c'etait le "toucher-queue".
  11. Poule d'eau : ouvriers controlant le flottage du bois grace a leur acroc (double crochet attaché au bout d'une longue perche. L'un permettait de pousser les bûches, l'autre de les tirer). Ils travaillaient depuis la berge, dans l'eau ou depuis les "bachots"
  12. Bachots : petites barques à fond plat de 18 x 30 pieds (5 m x 9 m) fabriquées vers Planchez dans le Haut-Morvan. Elles étaient conduites par des "bacheliers". Dans les endroits où les rives de l'Yonne étaient difficiles d'accés, elles étaient utilisées en fin de flot pour "déborder" la rivière et compléter le "toucher-queue" à l'"accroc" réalisé depuis la berge. Si le courant était insuffisant les bûches de bordage étaient au contraire sorties sur les berges pour éviter qu'elle ne deviennent des "canards". A l'arrivée dans les râcles les bachots étaient utilisés pour ramener sur la rive les bûches à la dérive au milieu du plan d'eau.
  13. Chablis : arbre couché, déraciné par un processus naturel (vent, neige, ...)
  14. Crue centennale de 1910 : l'OCDE estime que la même crue aujourd'hui causerait au minimum pour 30 milliards d'Euros de dégats, une bonne partie des activités de la France seraient paralysées, sans compter les répercutions sociales que cela entrainerait !
  15. Zouave du Pont de l'Alma : la sculture est de Georges Diebolt (le modèle serait le soldat André-Louis Gody, 1828-1896). Elle représente les troupes victorieuses en Crimée en 1854. Elle fut commandée par Napoléon III et installée sur la piles aval, rive gauche du Pont de l'Alma à Paris en 1856. Le pont fut refait en 1974 et le zouave installé en amont, rive droite et surélevé de 80 cm. La tradition veut que la population surveille l'évolution des crues en fonction du niveau d'immersion de la statue. La dernière fois qu'il prit un bain de pieds fut en 2013 (3.86 m) ; la limite navigable est de 4.30 et le niveau de base est de 2 m.
  16. Étiage : abaissement exceptionel du niveau de l'eau; sinon la période où le niveau de l'eau est habituellement le plus bas correspond aux "basses eaux". L'étiage est aussi parfois définit comme le point le plus bas du niveau de l'eau.
  17. Fascinage : emploi de fagots de branches de saule mortes ou vivantes maintenus par des pieux pour stabiliser les pieds de berges et éviter les affouillements
  18. Lits de plants et plançons : branches de saules vivantes plantées en courbe de niveau destinée à stabiliser une pente
  19. Mouille : quand la roche-mère est imperméable et que le sol composé de granites altérés et d'argiles est peu profond, l'eau de la nappe phréatique circule très près de la surface et ressort parfois sous forme d'un marécage ou même d'une mare
  20. Orographie : domaine de la géomorphologie et de la géographie physique concernant la description des montagnes et par extension, plus généralement du relief
  21. Ripisylve : Formation végétale qui colonise les berges du lit mineur des cours d'eau (Saules, Aulnes, Frênes en bordure, les pieds dans l'eau, Erable et Ormes en hauteur, Chêne et Charmes sur le haut des berges). Après une crue, la forêt alluviale s'étend plus largement dans le lit majeur.
  22. Lit mineur d'un cours d'eau : zone où les eaux s'écoulent hors des périodes de crues ; les rives sont habituellement colonisées par la "ripisylve"
  23. Lit majeur d'un cours d'eau : zone d'expansion naturelle des crues.
  24. Lit d'étiage d'un cours d'eau : zone où les eaux s'écoulent en période de basses eaux
  25. de la Loge d'Ausson Edmé-François Wilfrid : né à Vezelay le 16 mai 1833, avocat, membre de la Commission pour l'étude des inondations de janvier-février 1910, leurs causes, leurs effets les mesures possible pour les combattre

 

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