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Le Morvan au cœur de l'Europe

 

La Belgique

Patrick Roegiers est né à Ixelles, aujourd'hui une commune verdoyante de l'agglomération de Bruxelles. Un endroit paisible avec de nombreux étangs aménagés et les jardins de l'abbaye de la Cambre où les étudiants de l'Université voisine (ULB) aiment à se retrouver. Cet écrivain n'est donc ni flamand, ni wallon mais il est bruxellois ! (encart)

Pour beaucoup, la connaissance de ce pays se limite à pester derrière les caravanes estampillées "B" qui ralentissent en été la circulation sur les petites routes morvandelles ! Et pourtant, son Histoire est celle de l'Europe, il a engendré de grands peintres, écrivains, sportifs, ... et beaucoup de français s'y sont installés, sans être obligatoirement des exilés fiscaux.

L'histoire de ce "personnage", devenu français le 21 septembre 2017 après avoir vécu et travaillé 34 ans en France et morvandiau depuis 13 ans, a été maintes fois décrite, ce qui permet de ne retenir ici que des faits marquants.

Sa formation

Des études littéraires sérieuses

La fréquentation des écoles religieuses lui a donné de bons atouts intellectuels pour affronter la vie : l'école des frères des écoles chrétiennes et le collège Saint-Pierre d'Uccle1 réputé pour son excellent niveau scolaire et la qualité de son enseignement particulièrement en lettres gréco-latines et en histoire.

l'Institut des Arts de diffusion (IAD)

Il entra en 1964 à l'IAD2 qui formait alors les étudiants à la mise en scène de théâtre et de cinéma. L'enseignement s'appuyait sur un principe toujours actuel de décloisonnement total entre les disciplines. La suite de sa carrière montra que ce passage par l'IAD fut importante pour lui.

Le jeune rebelle

Le théâtre provisoire

Au sortir de l'IAD en 1968 ,Patrick Roegiers fut dans un premier temps acteur au théâtre royal des Galeries avec un contrat de 3 ans, il fut également soutenu quelques temps par Jacques Huisman et engagé comme lecteur au théâtre National de Belgique (TNB).

Cependant dans le foisonnement d'idées des années 1970 en Belgique, il se sentait proche de la mouvance du "Jeune théâtre" représenté alors par le "théâtre du Parvis3 de Marc Liebens à Saint Gilles4.

Dans ce contexte, Patrick Roegiers, alors agé de 26 ans créa à Saint-Gilles son "théâtre provisoire". Il obtint des subventions qui lui permirent de vivre en libérant son imagination créatrice.

A cet âge, ce monde en bouillonnement lui appartenait, et dans les années 1970, tout était à réinventer. Il accueillit à Bruxelles des amis français, Roland Topor5, ou Maurice Sinet6 le sulfureux dessinateur anarchiste. Lui même mit en scène en 1979, la pièce "Pauvre B ..." qu'il fit jouer 250 fois dans toute la Belgique, bien que le thème soit peu apprécié des décideurs belges et pendant 3 mois au théatre Gérard Philipe de Saint Denis avec un accueil dithyrambique du public français !

Il pensait logique de considérer que des responsables intelligents soutiendraient malgré tout, ce brassage d'idées qui devait faire avancer la culture. Mais il commençait à faire de l'ombre et bousculait les hiérarchies ... . En 1981 les subventions furent sèchement interrompues et le théâtre fermé par les huissiers.

Ce fut pour lui une blessure et une cicatrice indélébile ("Le 31 juillet 1983, deux ans après la suppression brutale, sans appel et sans soutien, de mon théâtre, j'ai quitté définitivement la Belgique, sans me retourner ni savoir ce que je deviendrais, mais en étant sûr au fond de moi que j'aurai un jour raison de mon histoire" écrivit il à St-Maur le 30 novembre 2002 à propos de "La lettre volée" - 1997).

Il s'expatria donc définitivement à Paris : il ne connaissait pas de demi-mesure !

Le professionnel

Paris

Son caractère fort et la solide formation reçue à l'IAD lui donnait plus d'une corde à son arc. Il devint critique littéraire au "Matin de Paris", critique photographe à "Révolution" et au "Monde". Il tint une chronique photographique dans "Le jardin des modes". Il réalisa des films, participa à de nombreux jurys et des émissions de radio. Enfin il revint au théâtre à l'aube du xxie siècle et eu le plaisir de mettre en scène sa fille Aurore. (voir "Patrick Roegiers" dans Wikipédia et Wikiwand)

Ce rebelle boulimique de travail claqua véritablement la porte de Bruxelles en 1983 pour s'installer à Paris. Et pourtant, il ne demanda la nationalité française qu'en 2017 et la Belgique resta omniprésente dans son oeuvre.

Pour essayer de comprendre sa relation ambigüe avec son pays de naissance, il faut lire "Le bonheur des Belges". Lire tient d'ailleurs de la métaphore : il faut plutôt se laisser immerger dans son univers et porter par l'auteur, sans chercher de logique, accepter de discuter avec Victor Hugo à Waterloo, se retrouver sans transition au Moyen-age lors des "matines de Brugges"7 et de la bataille des éperons d'or8 et plus tard à Ypres et l'Yser pendant la guerre de 1914-18, participer à une course cycliste et rencontrer Verlaine et Baudelaire. Un hymne à ses illustres compatriotes, aux français qui sont venus en Belgique, aux Belges qui l'ont quittée ... ! Nancy Delhalle dit de lui : "sans renier l’imaginaire qu’il déploie dans des formes métaphoriques marquées par la psychanalyse, il tente un rapport engagé au réel, et spécifquement à celui de son pays" (Delhalle N., 2007) .

Il serait pourtant dommage de s'arrêter là, son oeuvre est riche et si diverse qu'elle est en mesure de satisfaire bien des lecteurs et agrémenter nombre de veillées et discussions littéraires

Le Morvan ou le temps de la sérénité

Montreuillon

Il y a 13 ans, Patrick Roegiers et sa compagne Martine cherchèrent un coin de France tranquille pour sortir des tracas parisiens, travailler sans contraintes, vivre en paix. Il furent comme d'autres séduit par un hameau paisible de la commune de Montreuillon. La décision fut bonne car 6 livres ont été écrit, au moins en partie, dans le Morvan.

Evidemment tous sont fiers dans le village de pouvoir les considérer comme des leurs, et pour eux c'est un retour en Bourgogne en quelque sorte, celle du sud ... !

Enfin, en février 2018 il annonca dans le journal belge "Le Soir" : J'ai écrit mon dernier livre sur la Belgique !. Mais qui s'aventurerait à parier pour autant sur son intention de cultiver son potager ? A quand plutôt son prochain ouvrage et pourquoi pas sur le Morvan ? Mais chut, laissons l'écrivain travailler !

Michel Partiot Académie du Morvan - septembre 2018

 

Remerciements

Merci à Patrick Roegiers et sa compagne Martine pour leur gentillesse et l'accueil sympathique et constructif qu'ils m'ont réservé en leur refuge morvandiau.

Merci également pour les conseils stimulants prodigués à ma fille Marta qui se destine à l'écriture : ils porteront très certainement leurs fruits dans quelques temps pour le plus grand "bonheur des morvandiaux".

 

Documentation numérique

Notes

  1. Collège St-Pierre d'Uccle : l'un des meilleurs collèges de Bruxelles situé à Uccle dans la commune voisine d'Ixelles. Quelques condisciples de P. Roegiers - Marc Deneyer (photographe), Alain Dierckx (écrivain), Pascal Racan (comédien), Christian Laporte (journaliste et écrivain), etc. et des plus jeunes - Tatiana Silva présentatrice et ancienne Miss Belgique et le moins glorieux Abdelhamid Abaaoud, triste terroriste qui n'a pas supporté plus d'un an le rythme de travail de l'établissement ...
  2. Institut des Arts de diffusion : l'Institut des Arts de diffusion (IAD) fut créé en 1959 à Bruxelles quand l'exposition universelle eut démontré l'influence grandissante du cinéma et des arts de diffusion ; il relève de l'Enseignement supérieur des arts - Domaine des arts du spectacle et des techniques de diffusion et de communication ; Il est installé aujourd'hui à Louvain-la-neuve.
  3. théâtre du Parvis : dans la mouvance du "Jeune théâtre" toutes les places étaient au même prix, pour rapprocher les le public des acteurs, il n'y avait pas de rideau de scène, les fauteuils étaient disposés en gradins et surtout le répertoire était contemporain et souvent politiquement engagé.
  4. Saint-Gilles : cette commune populaire de Bruxelles avait accueilli les expulsés du quartier des Marolles, en particulier bon nombre d'espagnols et d'italiens pauvres. Elle comptait dans les années 1970, 30% d'étrangers de 63 nationalités.
  5. Roland Topor : R. Topor (1938-1997) illustrateur, peintre, poète, metteur en scène, chansonnier, acteur et cinéaste. "il faut écrire dans les passages cloutés pour ne pas se faire écraser par la Critique". Auteur de "Vinci avait raison" pièce scatologique qui déclencha un scandale en Belgique.
  6. Maurice Sinet : M. Sinet dit Siné (1928-2016) - dessinateur et caricaturiste engagé à tendance anarchiste. Il fit graver sur sa tombe "Mourir ? Plutôt crever !". P.Roegiers et JP Berckmans co-réalisèrent en 1977 pour la RTBF un film consacré à Siné dans la série "Le crayon entre les dents"
  7. Les Matines de Bruges : le 18 mai 1302, les partisans du Comte de Flandres, vassal de Philippe le Bel et en conflit avec lui, firent le tour des maisons de Bruges à l'heure de Matines. Ils demandèrent à toute personne rencontrée de répéter les mots "'s Gilden vriend" (ami des corporations), imprononçable pour un non-flamand. Ils massacrèrent tous ceux qui n'y parvenaient pas en les soupçonnant d'être français.
  8. La bataille des éperons d'or : le 11 juillet 1302, eut lieu la bataille de Courtrai. Les milices flamandes (Klauwaert ou parti de la griffe, l'emblème de la Flandre) attirèrent les chevaliers français alliés de Philippe-le-Bel lourdement armés dans des marécages. Ceux-ci, arrogants et sûr de leur victoire ne virent pas le piège, ils s'embourbèrent et furent tous massacrés. Ils portaient des éperons en or qui furent pillés. Deux ans plus tard, la victoire de Philippe-le-Bel à Mons et le traité d'Athis en 1305 comprendra une clause ruineuse et déshonorante pour la ville de Bruges et les éperons furent récupérés et transférés à Dijon !
  9. Charles Baudelaire : (1821-1867) Ecrivain controversé, génial immortel pour les uns, ivrogne, drogué, syphilitique, bisexuel pour les autres. En fait il était très probablement bipolaire (maniaco-dépressif) ce qui expliquerait à la fois ses poèmes magnifiques, son avidité sexuelle et son immoralité dépressive. Il mourut à l'âge de 46 ans, hémiplégique et aphasique, rongé par l'alcool, les drogues et la syphilis.
  10. Pauvre Belgique : Un pamphlet écrit par Charles Baudelaire en 1864 lors de son séjour à Bruxelles et non publié. Des extraits le furent à titre posthume en 1887 et l'oeuvre complète en 1952. Il fut accueilli pendant deux ans dans ce pays où il pensait se refaire une santé financière et se faire éditer, comme Victor Hugo, mais ce fut un fiasco. Il déversa alors son fiel contre Bruxelles, les Belges et leur pays, traduisant en fait l'état misérable d'un homme malade, en phase terminale de la syphilis ; Pauvre Baudelaire !

 

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