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Montreuillon
Le Morvan au cœur de l'Europe
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Histoire

Le fait religieux à Montreuillon

Influence structurante de l'Église

De la communauté de Tesgone
à la paroisse Saint-Jacques et Saint-Maurice de Montreuillon


 

Montreuillon, terre de mission

En attendant la fin du monde

Qu'il se soit appelé Rumilius ou Rupilius le premier propriétaire romain installé sur l'opidum gaulois qui s'appellera Monte-Rumilionis au xiiesiècle, Mons Rupillionis au xiiie (C. Epin, 1989) et Saint-Maurice aujourd'hui32 fut sans doute l'un des premiers à défricher la forêt pour y pratiquer paisiblement l'agriculture après une vie militaire héroïque. Mais l'empire romain sur son déclin augmentait sans cesse les impôts et les barbares pillaient tout ce qu'ils trouvaient sur leur passage : les cultivateurs abandonnaient leur terre pour rejoindre les bagaudes1 locales et vivre de chasse et de rapine ou encore ils s'installaient au fin fond de la forêt protectrice (J.E. Courtois et L. Olivier, 1985) et subsistaient en autarcie. Les uns après les autres, Alamans, Huns, Burgondes, Francs, Sarrasins, Normands, Hongrois, vidèrent ainsi le Morvan de sa population déja faible et rendirent de ce fait les terres à la forêt, et ce jusqu'à la fin du monde c'est à dire, selon les croyances répandues, celle du premier millénaire ... !

Le prieuré

Le xie siècle arriva sans l'avènement de l'antéchrist31 et la fin du monde fut donc repoussée à un autre millénaire. Le monde religieux se remit à croire en sa mission d'évangélisation et plus prosaïquement en l'opportunité d'acquérir des domaines agricoles sources de revenus pérennes. Ainsi de nombreuses abbayes essaimèrent dans les contrées païennes reculées du Morvan. (J.-F. Baudiau, 1865, t.1, p.120), (J. Levainville, 1909, p. 239), (D. Carron, 2006)).

Un bout de terrain situé au pied du promontoire de Saint Maurice fut donnée par les successeurs de Rupilius à l'Abbaye Saint-Martin de Nevers3, probablement en garantie du repos de leur âme. Elle y installa un prieuré et quelques chanoines4 laïcs ou séculiers qui vivaient sous la règle de Saint-Augustin6 (A. Beaunier5, 1726).

Ce fut l'amorce d'une pénétration religieuse chrétienne et agricole dans la région : des colons7 agriculteurs pouvaient travailler moyennant une rémunération, cet avantages étant perçus sous la protection de Dieu et les solides murs d'une maison-forte. Par la suite ils pouvaient obtenir une tenure censive8 qui les fidélisaient dans la région et les villages se constituaient. C'était des équipes d'essarteurs9 qui rendaient la fertilité au sol par la technique de l'écobuage10 et qui mettaient les terres en culture.

Ces colons étaient très recherchés par les propriétaires terriens car le travail dans ces forêts profondes était très difficile. Petit à petit au xiiie siècle, les communautés taisibles, calquées sur l'organisation des prieurés de chanoines laïcs et qui furent nombreuses dans le Morvan, virent le jour.

Au xiie siècle l'église paroissiale fut construite et au xiiie siècle elle fut dédicacée à Saint-Jacques le Majeur. Au cours du temps des chanoines devinrent prêtre et assurèrent le service de l'église paroissiale et par la suite des 2 églises St-Jacques et St-Maurice.

Le prieuré fut racheté en 1796 par l'Abbé et Maire Nicolas Javin un brillant théologien, qui malheureusement mourut fou sans avoir payé toutes ses échéances. Il était insolvable et sans héritiers, aussi le bien fut déclaré en deshérence et le vieux prieuré médiéval en mauvais état fut détruit.

Localisation du prieuré

Aux pieds du promontoire de Saint-Maurice, au niveau du pont sur le Bruit2, une pierre taillée et un gros bloc de fondation fut retrouvé lors de travaux de construction d'une maison moderne.

Ces vestiges furent retrouvés exactement à l'emplacement d'un edifice religieux indiqué sur la carte de Cassini de 1759.

En face, de l'autre coté du ruisseau, le vieux cadastre indique "le pré du prieuré" (C. Epin 1989). Tout concorde donc pour le situer en cet emplacement.

Le temps des pélerinages

La Maison-Dieu

Montreuillon était un carrefour de communication situé sur la périphérie du Morvan et sur la ligne de partage des eaux entre le bassin de la Loire et celui de l'Yonne, à la limite entre les diocèses d'Autun et de Nevers. Les voyageurs qui se rendaient d'Auxois en Charollais, comme d'ailleurs les soldats et les écorcheurs au comportement de brigands, connaissaient bien cet itinéraire.

Plus paisibles, ceux qui fréquentaient les églises et monastères proches pour rendre hommages aux saints martyrs, St-Benigne à Dijon, St-Symphorien à Autun, St-Andoche et St-Thyrse exécutés à Saulieu, St-Prisque à Auxerre. D'autres encore comme Ste-Reine à Autun ou plus proche de Montreuillon, St-Eptade de Cervon (D. Carron, 2006) et St-Léonard à Corbigny.

Ceux qu'enfin après 1103 étaient appelés "pélerins" (D. Carron, 2006) qui se rendaient plus loin, à Vezelay ou à Cluny ou encore entreprenaient le long voyage de Compostelle. Ils pouvaient se rendre de Vézelay à Corbigny pour invoquer Saint-Léonard11 : ils s'arrêtaient à la Maison−Dieu12 de Montreuillon avant de rejoindre la via Lemovicensis13 (Limoge) par Nevers ou poursuivaient par le sud pour se rendre à Autun, à Cluny ou au Puy-en-Velay (via Podiensis)14 en profitant du réseau clunisien particulièrement dense dans la région.

En effet, sur la rive droite de l'Yonne, l'Eglise de Nevers avait construit une "Maison-Dieu", auberge-hôpital rural hébergeant et apportant quelques soins aux pélerins, aux humbles et aux affligés de passage, mais aussi aux pauvres du village et aux femmes enceintes.

Ce type d'établissement était généralement tenu en Morvan par des soeurs de l'ordre des Augustines. Elle fut construite probablement quand l'église du village fut dédicacée à Saint-Jacques (en tout cas, il en était fait état dans le Pouillié16 de 1479). La "chapelle de la Pitié" qui lui était attachée permettait de se recueillir ou de demander à Dieu un complément de soins et la guérison17 ... La Maison-Dieu a disparu mais la chapelle qui existait encore au xviiie siècle dépendait encore de l'Évêché de Nevers (C.Epin, 1989).

 

Le temps des cathédrales

 

L'église Saint Jacques<br />dans la brume
L'église Saint Jacques
dans la brume
L'église Saint Jacques<br />a mis son manteau blanc
L'église Saint Jacques
a mis son manteau blanc
L'église Saint Jacques depuis la route de Montcheru
L'église Saint Jacques depuis la route de Montcheru
L'église Saint Jacques, la nuit
L'église Saint Jacques, la nuit

 

Eglise castrale de Saint-Maurice

L'existence au xiiie siècle d'une chapelle castrale18 sur l'éperon de Saint Maurice est établi. Le fait que les Comtes de Nevers y aient installé un chapitre collégial également (C.Epin, 1989). Mais l'époque de sa dédicace à Saint-Maurice reste inconnu.

L'édifice mesurait une vingtaine de mètres de long sans transept ni sacristie. Il se dégrada avec le temps jusqu'à devenir dangereux pour les fidèles. Il fut désaffecté, abandonné au xviiie siècle et au début du xixe siècle il n'en restait rien. Un bénitier fut cependant retrouvé de même qu'un chapiteau. Malheureusement celui-ci fut accidentellement détruit. Un battant de cloche de 50 cm pesant 13 kg fut également déterré sans qu'il ait été possible de préciser avec certitude son origine. Enfin il est bien connu à Montreuillon qu'un labour au niveau de l'ancien cimetière remonte de temps en temps des ossements humains …

L'église de Saint-Maurice demeure cependant, 2 siècles après sa disparition, dans la mémoire collective.

Eglise paroissiale Saint-Jacques

L'église primitive du xiie siècle

L'église paroissiale de Tesgone fut construite au xiie siècle. Elle mesurait 27 m de long 9 m de large et 15 m au transept.

En 1129, Honorius III étant pape, elle fut donnée au prieuré qui pouvait en toucher les revenus. En 1130, le village devint une paroisse et l'église en recevant son érection canonique23 devint "curiale à la collation24 d'un curé" (appelé "prieur" jusqu'au xxe siècle).

Au xiiie siècle Tesgone devint Mont-Reuillon25 et l'église fut dédicacée26 à Saint-Jacques du fait peut-être du fréquent passage de pélerins se rendant en Galice. Peut être aussi du fait du passé missionnaire de l'évêque de Béthléem ?

L'épisode Bethléem - (Source principale : A. Delaitre-Rélu, 2005) - A Clamecy, en 1117 Guillaume II Comte de Nevers créa la Maison-Dieu de Panthénor pour l'hébergement des Pélerins malade de retour de Terre Sainte et vers 1150 la chapelle annexe dédicacée à Notre-Dame fut construite. Huit chanoines de "l'Ordre de l'Etoile" et soumis à la règle de St-Augustin y furent installés

En 1167 le Comte Guillaume IV de Nevers partit en croisade pour y mourir de la peste l'année suivante mais il légua par testament à l'évêque de Bethléem en Palestine, au cas où ce fragile évêché ne subsisterait pas, le bourg de Panténor-près-Clamecy et "le bourg situé outre les ponts de Mont-Reuillon" (G.Coquille, 1590 p382 - M. Quantin, 1885). En 1187 le Royaume de Jérusalem fut pris par les sarrasins et l'évêque Régnier IX revint en Bourgogne en 1223 pour se retirer à Panténor-près-Clamecy qui fut érigé en évêché. L'un de ses successeurs (Galhard d'Oursault ?) transporta sa juridiction sur Montreuillon au Comte Robert III de Flandres, Comte de Nevers

l'église du xviie siècle

Au xvie siècle, peut être en 1591 (C. Epin, 1989) l'église de Montreuillon fut détruite par un incendie et progressivement restaurée jusqu'en1615. Le tombeau des prieurs sous le choeur fut préservé et deux chapelles ajoutées en transept, celle du Nord abritait une sépulture des seigneurs de Chassy et de leur famille, celle du sud les fonds baptismaux et le confessionnal. Le toit fut couvert de tuiles et la dernière grosse cloche fut "baptisée" et installée en juin 1730.

l'église du xixe siècle

en 1868, l'édifice était devenu trop petit pour la population de 1250 habitants que comptait alors le village et de plus elle menaçait de s'effondrer. Il fut donc décidé de la reconstruire complètement au même emplacement que l'église primitive. Des plans furent élaboré par un architecte d'Avallon sur les instructions des souscripteurs et le Conseil de fabrique27 l'approuva. Le Conseil municipal fit de même, mais étant déja engagé sur la construction d'une nouvelle école, il demanda une contribution de l'État;

Une controverse naquit avec les inspecteurs généraux des édifices diocésains de Paris qui souhaitaient ramener les ambitions à de plus modestes proportions, ce qui conditionnait le versement de la subvention. Le plan fut donc revu à la baisse et la première pierre put être posée par le Vicaire général, Mgr Crosnier en mai 1870. Mais, deux mois plus tard, le 19 juillet la France déclarait la guerre à la Prusse et la perdait.

La troisième république, à tendance anti-cléricale vit le jour et à Montreuillon les républicains gagnaient la Mairie. L'affaire du financement de la construction de l'église devint politisée : pour décrédibiliser le parti favorable au clergé, il fut proposé de lever une contribution publique qui serait forcément impopulaire !

Alors les donateurs réunirent les fonds supplémentaires nécessaires, et poursuivirent la construction de la nouvelle église sans nouvelle aide de l'État et selon les premiers plans (35 m de longueur intérieure, 14 m de largeur, avec transept, déambulatoire et 3 chapelles au chevet arrondi à pans coupés, flèche pourvue de 4 clochetons qui avoisine les 33 m de hauteur !). Les blasons des familles Talleyrand-Périgord et de Choiseul, gravés dans la pierre au dessus du linteau de la porte de la chapelle Nord, témoignent encore aujourd'hui de cet épisode

le 5 octobre 1872, l'édifice fut dédicacé26 par l'évêque Mgr Théodore-Augustin Forcade28 qui déclara : "c'est la plus belle église que j'ai jusque là consacrée" . La cloche offerte par les Talleyrand-Périgord fut bénie et installée dans le clocher : la dédicace moulée dans la fonte rappelle à chaque angelus la nécessité d'écouter la voix de Dieu ("Audi quaeso vocem Domini quam ego loquor ad te et bene tibi erit et vivet anima tua")29

D'après les spécialistes en architecture, cette construction ne respecte pas toutes les règles de l'Art. Mais ne faut il pas plutôt suivre C. Epin quand l'historien se fait poète : "Les mémoires associent le sanctuaire paroissial à tous les heurs et malheurs de l'existence. L'idée même de Montreuillon s'accompagne de l'image de son église où le clocher scande à la fois les rythmes quotidiens et sert de vigie aux âmes du village" ?

L'angelus de Montreuillon

 

Dédicace de la cloche posée en 1872

Texte relevé par : B. Partiot et M. Perrin

J'ai pour parrain noble et généreux Augustin-René-Adalbert-Paul de Talleyrand-Perigord Comte de Perigord 21 et pour marraine gracieuse Demoiselle Cecile-Charlotte-Marie de Talleyrand-Perigord 21.

Don de Mr le comte de Perigord anno domini MDCCCLXXII 30.

"Audi quaeso vocem Domini quam ego loquor ad te et bene tibi erit et vivet anima tua 29 jerem 38.20"

Benite par monseigneur Théodore Augustin Forcade 28 Évêque de Nevers, Pierre Picault Curé de Montreuillon.

Dédicace de la cloche posée en 1900

Texte relevé par : B. Partiot et M. Perrin

Je me nomme Jeanne-Louise-Jacqueline-Reine-Antoinette et j'ai été baptisée les premiers jours du premier mois du xxe siècle

J'ai pour parrain très bon chrétien Jacques Prévotat ancien Maire de Monteuillon trésorier de la fabrique et pour marraine trés noble et trés généreuse Dame Louise-Jeanne-Marie-Edith Leclerc de Juvigny représentée par très gracieuse Demoiselle Jeanne-Marie-Louise jourdan du Mazot

Mgr Etienne-Antoine-Alfred Lelong évêque de Nevers, Pierre Dominique Farinotte curé de Montreuillon, Louis Courtial Maire, Ernest Royer adjoint, Pierre Bobin Président de fabrique, François Fontaine ordonnateur

Partie basse de la cloche : Jacques Prevotat trésorier, Etienne Partiot, Lazarre Taupin membre du bureau. "audite disciplinam et estote sapientes"

Égalité des genres et laïcité

 

L'école des filles de Montreuillon

Il n'est pas immédiat de comprendre aujourd'hui pourquoi l'enseignement apporté aux filles était si compliqué à mettre en place et pourquoi ensuite une école religieuse qui leur était consacrée fut crée à Montreuillon pour disparaître après avoir fonctionné de façon satisfaisante pendant 50 ans. Aussi une synthèse historique préalable pouvant être complétée par la nombreuse bibliographie existante, s'imposait !

Historique concernant l'instruction publique des filles

En 1698, Louis XIV ordonna aux communautés villageoises d'ouvrir une école dont le maître était prêtre catholique et Louis XV renouvella cette instruction en 1724.

En 1791 le rapport C.-M de Talleyrand-Périgord19 posa les bases d'un enseignement gratuit pour tous y compris les filles (écoles et programmes séparés).

Les "Cinq mémoires sur l'Instruction publique" (1791) et le "Rapport sur l'instruction publique" (1792) publiés par N. de Condorcet20 considéraient déja une égalité des sexes concernant l'instruction. Malheureusement son projet de décret présenté en 1792 fut mis à mal par la déclaration de guerre contre l'Autriche.

Des avancées et des reculs furent apportés ensuite par le Loi Bouquer (1793), le décret Lakanal (1794), La loi Daunou (1795).

En 1830, François Guizot alors Ministre de l'instruction publique sous la monarchie de juillet ne réussit pas, malgré ses convictions personnelles, à maintenir ce principe de l'égalité des sexes, la loi de 1833 ne prévoyait que l'instruction des garçons et comprenait un enseignement religieux et moral. Enfin la loi Guizot initiait le principe de création d'une école normale d'instituteur par Département et une école primaire et son instituteur dans chaque commune de plus de 500 habitants (financés par la Mairie).

Il fallut attendre 1850 et la loi Falloux pour exiger que les communes de plus de 800 habitants ouvrent une école de filles, mais les écoles congrégationistes pouvaient tenir lieu d'école publique (ce qui permettait d'alléger les charges communales).

Par la suite en 1867, les Lois Duruy alignèrent les conditions de création d'une école de filles dans les communes sur celle des garçons (500 habitants) et le principe d'égalité fut étendu par la loi Paul Bert (1879) pour la création d'une école normale de filles dans chaque département. La loi rendit d'ailleurs obligatoire l'établissement des écoles Normales primaires.

Enfin les lois J. Ferry de 1881 et 1882 validèrent définitivement l'égalité de traitement entre les sexes

L'école religieuse de Montreuillon

Source : Christian Epin

En 1855, le Duc M.-E. de Talleyrand-Perigord21 et son beau-frère, le Comte A. de Choiseul22 s'appuyèrent sur la loi Falloux pour fonder une maison religieuse "pour l'instruction des filles et la visite des malades" et en confièrent l'animation aux soeurs de la Providence (de Portieux) dont la qualité de l'enseignement est encore de nos jours reconnue. Vers 1872 plus de 120 jeunes filles étaient accueillies à Montreuillon.

Mais en octobre 1886 la loi sur la laïcité proposée par Paul Bert, présentée par J. Ferry et défendue par Goblet engageait le processus de disparition du personnel religieux des écoles communales.

Les religieuses fondèrent alors des écoles libres, mais la loi de 1901 sur les associations aboutit à la fermeture de plusieurs milliers d'écoles congrégationistes sans que celle-ci soient toujours remplacées par des écoles publiques.

Enfin en 1902, les élections portèrent E. Combes, anticléricaliste radical, à la Présidence du Conseil. Les religieuses furent expulsées et l'école de Montreuillon fut fermée définitivement cette même année.

Deux ans plus tard, la loi de 1904 qui interdisait l'enseignement à toute congrégation entraîna le départ de près de 60 000 religieux qui partirent fonder des établissements d'enseignement à l'étranger. Pour finir, la loi de séparation de l'Église et de l'État de 1905 se traduisit par un très profond clivage au sein des sociétés rurales que malheureusement seuls le conflit de 1914-18 et les difficultés d'après-guerre purent apaiser.

Heureusement à Montreuillon, grâce à une institutrice dynamique et l'appui de la municipalité, le relais a pu être pris dès le départ des religieuses. L'effectif des filles qui était tombé à 45 en 1902 passa à 83 en 1904 (cf. C. Epin 1989) et personne ne trouva plus anormal que l'égalité des sexes soit respecté devant l'enseignement

Montreuillon et son environnement religieux

Une puissance excessive de l'Église

Il serait abusif de juger l'action de l'Église avec la perception du xxie siècle : un millénaire s'est écoulé depuis l'installation du prieuré de Montreuillon, une révolution a depuis complètement rebattu les cartes et l'institution elle-même s'est réformée.

Il est vrai qu'elle engendra de grands et saints hommes et femmes. Il est prouvé également que beaucoup d'ecclésiastiques menaient une vie dissolue, expédiaient "ad patres" leurs semblables, quant à la charité … ! Il suffit de se rappeler que C.-M. de Talleyrand était évêque d'Autun, que Richelieu et Mazzarin étaient cardinaux et s'ils étaient incontestablement de grands politiques, aucun n'était un paragon de vertu ! L'inquisition et les croisades ne contribuèrent pas non plus à sa gloire ... !

Tout cela aurait pu être relativisé par l'Histoire, mais c'est en fait l'église elle-même, par son excés de puissance qui a entrainé les graves crises anticléricales du xixe siècle, à Montreuillon et dans tout le Morvan et l'affaiblissement de son pouvoir temporel

 

Puissance financière

Les moines pouvaient individuellement vivre pauvres mais l'Église, ne l'était pas : les abbayes et les monastères étaient généralement de grands propriétaires fonciers et de véritables seigneuries. Ils étaient des centres intellectuels, économiques et politiques mais ils étaient aussi attentifs aux contingences de ce monde.

De riches donateurs, qu'ils aient eu besoin de quelques indulgences et cherchaient "un remède de leur âme"... ou qu'ils furent simplement généreux, contribuaient à leur financement.

Les Abbés détenaient des droits de justice comme tout seigneur sur ses terres. Les peines étaient souvent des amendes ... sources de recettes !

Enfin, 9 croisades furent initiées par les papes et avant de partir à l'aventure chacun se devait de se mettre en règle avec Dieu : les péchés étaient remis avant le départ, ils avaient une garantie d'impunité pour le massacre des infidèles, le pillage et les viols faisaient partie des us et coutumes de l'époque donc n'étaient pas pris en compte, mais ils pouvaient quand même mourir ! Aussi les dons au profit de l'église en échange du salut de l'âme du croisé affluaient (on ne sait jamais, si leurs héritiers oubliaient de le faire ...!).

Puissance politique, intellectuelle et morale

Très tôt, les ecclésiastiques reçurent une éducation et une culture d'autant plus proche de celle la noblesse qu'ils en étaient issus : si le fils ainé héritait de tout, hors les réserves d'apanages33, le second entrait souvent dans les ordres et le troisième dans l'armée (la plupart des Templiers étaient d'ailleurs issus de la petite noblesse).

Les moines, souvent lettrés, avaient aussi reçu une formation classique au sein du monastère (grammaire, rhétorique et dialectique) en particulier lorsqu'ils y était entrés jeunes oblats34. Ils avaient l'habitude du pouvoir, faisaient partie de réseaux d'influence, l'information circulait bien entre eux et tout écart de conduite était absous en confession35 par le sacrement de la pénitence !

Ce pouvoir intellectuel était mis au service de la gestion de la morale : le bien et le mal et comment cela devait se traduire en termes dogmatiques !

Cela leur donnaient évidemment un avantage considérable dans leur relations avec ceux que d'aucuns appelaient "les rustres" : les affirmations de "Monsieur l'Abbé" n'étaient pas discutables ! Alors si Bernard de Claivaux, orateur bourguignon remarquable qui parvenait à convaincre les plus grands de ce monde, leur demandait de partir en croisade en Terre Sainte ou en Espagne, quels arguments pouvaient lui opposer ces paysans crédules ?

La noblesse aussi étaient sous l'influence intellectuelle et morale de la religion et de son interprêtation dont les clercs étaient les garants : la peur de l'Enfer était grande et l'excommunication n'était pas anecdotique.

Les maladies, les grandes épidémies de Choléra et de Peste n'étaient pas rares, les guerres, les croisades, les assassinats lors des luttes de pouvoir et le banditisme commun, étaient un danger permanent, alors mourir sans les sacrements et n'être pas enterré en terre chrétienne du fait d'une excommunication était inimaginable !

Certaines congrégations avaient une vocation enseignantes : traditionellement, les familles aisées payaient un précepteur particulier (les enfants pauvres n'étaient pas scolarisés). Au xvie siècle, en réaction au comportement du protestantisme très véléitaire sur le sujet, l'État royal confia à l'Église catholique (Jésuites, Oratoriens et Frères des écoles chrétiennes) l'enseignement des cadres de l'État et des enfants. Le comportement des Jésuites est interessant à observer car, outre les traditionels établissement d'enseignement qui ont eu comme élève aussi bien Condorcet et de Gaulle, que Mitterand et Macron, ils se sont progressivement introduits auprès des cours, devenant précepteurs et conseillers des monarques et des grandes familles (J.Lacouture, 1991 et 1992).

Une action structurante

Et pourtant force est de constater que seule une institution ayant à la fois un pouvoir financier, intellectuel, politique, moral et une pérénité, pouvait faire de la France le grand pays qu'elle était devenue à la fin du xviiie siècle et plus particulièrement créer à Montreuillon :

  • un prieuré

    permettant de faire revenir les paysans après les grandes invasions barbares, leur donner du travail, faire en sorte de les stabiliser et de redonner un paysage agricole à Montreuillon
  • une maison-Dieu

    qui assurait l'hébergement et les soins des pélerins en route pour Compostelle et des simples voyageurs, mais aussi un établissement hospitalier au service de la commune et de ses environs, rudimentaire certes, mais qui avait l'avantage d'exister quand l'Etat ne faisait rien en la matière dans les campagnes
  • une chapelle castrale

    capable d'assurer les services religieux à la moitié de la population pendant plusieurs siècles
  • une école pour jeunes filles

    l'une des rares de la région qu'elle a animée pendant 50 ans, jusqu'à ce que l'État laïc la ferme pour des raisons doctrinales
  • une église paroissiale

    "servant de vigie aux âmes du village" (cf. C. Epin) pendant plus de 800 ans, qui soit encore au xxie siècle entretenue et restaurée malgré la fréquence devenue anecdotique des offices religieux et qui fait encore la fierté du des habitants du village quels que soient leurs opinions religieuses.

Discussion et conclusions

Jusqu'à la Révolution, l'Église détenait la réalité du pouvoir dans tous les domaines : politiques, financiers, intellectuels, moraux. Les grandes abbayes (cluny, citeaux, etc) avaient essaimé dans toute l'Europe et dépendaient directement du vatican, tout comme les jésuites qui contrôlaient l'enseignement et le conseil aux Rois.

Avec l'arme de l'excommunication sur les grands, l'ascendance religieuse et morale sur les peuples et avec des milliers de clercs à sa dévotion qui était autant de relais de communication et de propagation de la doctrine, l'Institution religieuse et le pape étaient tout puissants.

Les Etats hésitaient à se confronter au Vatican sauf à profiter de papes de faible caractère (cf. la destruction du Temple par Philippe IV "le Bel" et la spoliation de l'Ordre sans que Clément V ne défende l'élite de ses moines-soldats !)

Mais l'église a mal évalué la montée en puissance des idées des "philosophes des lumières", elle n'a pas compris l'émergence d'une bourgeoisie instruite et le déclin de la noblesse d'où elle tenait beaucoup de ses origines.

La bourgeoisie qui s'était enrichie par le négoce et la petite industrie naissante, qui n'était plus du peuple et qui était méprisée par la noblesse et le clergé déclenchera la révolution en poussant la population dans la guerre civile tout en étant sa matière grise (cf La grande peur de 1789). Elle ne voulait plus de cette main mise religieuse et espérait bien se placer dans les bouleversements attendus36, …quitte à les provoquer !

Il fallut un siècle comprenant trois Républiques, trois Régimes monarchiques et deux Empires, pour que les conclusions se dessinent : abolition réelle des privilèges, confiscation des biens, mentalités anticléricales de plus en plus dures, laïcité. Le clergé resista plus longtemps que la noblesse déja affaiblie par le Roi lui même, mais les lois de 1901 sur les associations et de 1905 sur la séparation de l'église et de l'Etat portèrent le coup de grâce.

Une profonde cassure apparut dans les campagnes entre les "républicains" anticléricaux et les "conservateurs" adeptes des excès inverses, jusqu'à l'horreur de la guerre de 1914-18 : ils s'aperçurent, dans les villages, que le sang qui avait coulé dans les tranchées était le même et que ceux qui les manipulaient s'étaient rarement exposés au feu de l'ennemi …!

Après 1920, les tensions politiques nées des lois de séparation de l'église et de l'Etat s'étaient relativement apaisées. L'Église ayant retrouvé son rôle pastoral apporta sur le terrain un soutien moral important pendant et après 2 guerres mondiales meurtrières : en perdant son pouvoir temporel elle avait gagné en Sainteté. En fait, elle rejoignait la sphére privée comme le proposait Condorcet 150 ans plus tôt … dommage qu'il ne fut pas écouté !

Michel Partiot Académie du Morvan - novembre 2015

 

Remerciements

Un grand merci à J.-C. Auribault, E. Berthe, P. Blandin, S. Millot pour leur amabilité et leur participation à la recherche d'information et les éléments matériels en leur possession qu'ils ont permis de photographier

Gratitude également envers Anne-Marie Chagny qui n'a pas hésité à se plonger dans les archives diocèsaines pour en exhumer le souvenir des prêtres qui ont assuré les services religieux à Montreuillon jusqu'à aujourd'hui

Merci enfin à Christian Epin pour son livre "Montreuillon - la durée et l'instant" écrit en 1989, si bien documenté, rédigé dans un style particulièrement agréable à lire et qui traduit l'attachement de l'auteur à ce village

Bibliographie

  • Badinter E., Badinter R.,1988, Condorcet - Un intellectuel politique, Ed. Fayard, Paris, 659 p.
  • Baudiau J-F., 1854 et 1867. Morvand ou Essai géographique, topographique et historique sur cette contrée, 1re édition en 2 volumes, 1854 Ed. Fay père et fils - Nevers. 2e édition en 3 volume 1865-1867 Ed. Librairie Guenegaud-Paris.
  • Beaunier, A. - 1726 - Recueil historique, chronologique et topographique des archevêchez, évêchez, abbayes et prieurez de France (dédié au Duc de Bourbon), T. II, Imp. A.-X.-R. Mesnier-Paris, 1090 p.
  • Bordonove G. - 1993 - La tragédie des Templiers Ed. Pygmalion / G.Watelet - Paris, 417 p.
  • Bossut N. Académie du Morvan - 1986 - La déchristianisation dans le district de Corbigny en l'an II - Bull. n° 23, Académie du Morvan, Château-Chinon, 49 p.
  • Bouchoux C.Académie du Morvan, 2014, Vivre et mourir en Morvan - du xvie au xviiie siècle - 1re partie : Les approches topographiques et démographiques, Bull. Acad. du Morvan, n° 77, 72 p.
  • Bruley J., 1966 - Le Morvan cœur de la France, t.2, Ed. La Morvandelle, Paris, 581 p.
  • Buisson F., 1929, Condorcet, Ed. F. Alcan, Paris, 137 p.
  • Carron D., 2006, Peuple de saints et pélerinages dans les diocèses d'Autun et Nevers-du temps des martyrs au temps des réformes, Thèse de troisième cycle en histoire - U. de Bourgogne, 305 p. + 171 p., HAL Id : tel-01017521
  • Chambrure E. de, 1978 - Glossaire du Morvan, Ed. Laffite Reprints - Marseille- Réimpression de l'édition de 1878 de H. Champion - Paris et Dejussieu Père et Fils - Autun - 966 p.
  • Charrault L., 1933, Dans l'ombre du Morvan, Ed. Lai Pouèlée - Chateau-chinon- 263 p.
  • Coquille G., 1590, Histoire du Nivernois in Les oeuvres de Maistre Guy Coquille t1 - Ed. post mortem 1666 Jean Guignard Paris p.337-523
  • Courtois J.E. Académie du Morvan, Olivier L. Académie du Morvan - 1985 - Le Morvan et les "barbares" (276-732) - Bull. n° 21, Académie du Morvan, Château-Chinon, 65 p.
  • Coutel C. et Kintzler C., 1994, Condorcet, Cinq mémoires sur l'instruction publique (1791)Ed. Garnier-Flammarion - Paris, 380 p.
  • Epin C.Académie du Morvan, 1989. Montreuillon - La durée et l'instant, Ed. Parimage, 247 p.
  • Lacouture J.,1991, Les Jésuites - Les Conquérants, t.I, Ed.du Seuil, Paris, 509 p.
  • Lacouture J.,1992, Les Jésuites - Les Revenants, t.II, Ed; du Seuil, 683 p.
  • Levainville J. - 1909 - Le Morvan - Ed. du Bastion, 303 p.
  • Pinard L. Académie du Morvan - 1990 - Mentalités religieuses en Morvan méridional au xixe siècle - Bull. n° 30-31, Académie du Morvan, Château-Chinon, 113 p.
  • Quantin M., 1885, Histoire de la rivière d'Yonne, Bull. Soc. Sc. historiques et naturelles de l'Yonne - vol. 39:348-498
  • Riché P., 2006, Grandeurs et faiblesses de l'Église au moyen-âge, Ed. du Cerf, Paris - 336 p.
  • Thuillier G. - 1977 - Pour une histoire du quotidien au xixe siècle en Nivernais - Ed.Mouton & Co et &Ecole des hautes études en sciences sociales, Paris, 490 p.
  • Vigreux M. Académie du Morvan - 1987 - Paysans et notables du Morvan au xixe siècle (jusqu'en 1914) - Académie du Morvan, Château-Chinon, 756 p.
  • Vincenot H. - 1976 - La vie quotidienne des paysans bourguignons au temps de Lamartine Ed Hachette, 448 p.

Documentation numérique

Notes

  1. Bagaudes : bandes de miséreux armées qui rançonnaient la Gaule du iiie au ve siècle
  2. Le ruisseau du Bruit : orthographié "le Bruys", "le Bruit" et le "Bruy" aujourd'hui. Ce petit ruisseau affluent de l'Yonne contourne le bourg de Montreuillon et servit au flottage pendant plusieurs siècles.
  3. Abbaye Saint-Martin de Nevers : cette abbaye d'hommes de l'Ordre de Saint-Augustin existait déja au viiie siècle et fut refondée avec 18 chanoines en 849 par l'évêque de Nevers Hériman (A. Beaunier, 1726, p 851). Les chanoines séculiers devinrent réguliers en 1143. Il ne reste aujourd'hui que le logis de l'abbé, inscrit aux monuments historiques, situé vers la rue des remparts (rue Bérégovoy aujourd'hui).
  4. Le prieuré : L'abbaye-mère de Nevers ne comprenait que 18 chanoines qui ne devinrent régulier qu'au xiie siècle. Ils devaient donc être très peu nombreux à Tesgone (Montreuillon)
  5. André Beaunier : moine bénédictain du xviiie siècle, de l'abbaye Notre Dame de Fontgombault sur les bords de la Creuse en Berry
  6. Règle de Saint-Augustin : elle comprenait 8 chapitres et visait à organiser la vie communautaire d'un groupe d'hommes ou de femmes pieux, laïcs, religieux séculiers ou régulier. La règle ne comprenant pas de clause de chasteté, une communauté de chanoines pouvait donc être composée de laïcs mariés.
  7. Colons : paysans libres mais attachés à leur tenure
  8. Tenure : terre ayant un statut, de franc-alleu (héritage libre de tous devoirs féodaux), de fief (dite de "noble tenure", terre confiée à un vassal ou feudataire à charge d'hommage envers le suzerain), ou censive ("simple tenure" roturière) soumise au cens c'est à dire à paiement
  9. Essartage : technique agricole consistant à débrousailler un terrain pour le mettre en culture
  10. Ecobuage : technique agricole permettant de libérer le phosphore bloqué dans les colloïdes du sol. De la biomasse combustible, petit bois, paille, mottes de mauvaises herbes est enfouie dans des tranchées de 20 cm de profondeur creusés au travers des champs et recouverts de 10 cm de terre. Une cheminée est aménagée tous les mètres. Le combustible est incendié et la chaleur lente fait son oeuvre ("The ground cooking"). Le procédé ne doit pas être renouvelé trop souvent sur les sols contenant peu de Matière organique sous peine de les stériliser. Elle ne doit pas être confondue avec la culture sur brulis avec un feu courant superficiel.
  11. Saint-Léonard : Saint-patron des prisonniers il était vénéré pour son pouvoir à les faire libérer. Etant donné la justice expéditive de l'époque et le peu de cas qui était fait de la condition humaine, c'était sans doute le moyen le plus efficace d'y parvenir ...
  12. Maison-Dieu : auberge-hôpital rural hébergeant et prodigant des soins aux pauvres, aux femmes enceintes et aux voyageurs. Elles balisaient les chemins de Compostelle sans pour cela être dédiées au pélerinage. Dans les villes, les Maison-Dieu importantes devenaient des "Hôtel-Dieu", ancêtres des hôpitaux modernes. A Montreuillon elle était situé sur la rive droite de l'Yonne entre l'ancien garage et l'ancien abattoir, en amont du pont sur l'Yonne sur la rive droite. La chapelle de La Pitié qui lui était attachée a existée jusqu'au xviiie siècle.
  13. Via Lemovicensis : l'un des grands itinéraires de Compostelle partant de Vézelay et passant par Limoges
  14. Via Podiensis : l'un des grands itinéraires de Compostelle partant du Puy-en-Velay et passant par Conques et Moissac
  15. l'eau lustrale : "l'eau lustrale" des druides est de l'eau dans laquelle avait macéré le Gui - Viscum album L. subsp. album- Loranthacées - encore appelé "Bois de la Sainte Croix", celui qui parasite le chêne (cas très rare de chêne ayant une défiscience génétique, car le chêne n'est habituellement pas parasité par cet épiphyte). Le Gui a de grandes vertus médicinales et mystiques, mais il devait être cueilli le sixième jour de l'année celtique et le sixième jour de la lune, avec une faucille d'or (!).
    La liturgie catholique utilisait aussi l'eau lustrale dans les rites d'exorcismes, de purification lors des dédicaces des églises ou après une profanation. Elle était alors confectionnée avec de l'eau pure (eau de rosée ou de source très pure), du sel, du charbon incandescent et de l'encens en poudre ; l'eau devait être ensuite consacrée en lune ascendante, 3 jours après la pleine lune, avant le premier quartier.
  16. Pouillé : document rapportant les bénéfices ecclésiastique. Il peut concerner une paroisse, une abbaye ou un diocèse
  17. Chapelle de La Pitié : selon St-Augustin, la maladie était la conséquence du péché donc le malade était un "pénitent" qui se rachetait par sa souffrance. Même si elle pouvait être apaisée par la compassion, seule la grâce de Dieu pouvait réellement guérir ; Vu l'état de la medecine à cette époque, ce n'était pas faux ! Cela explique aussi la présence, beaucoup plus importante qu'on ne pourrait le penser aujourd'hui, de la chapelle attachée à la partie hôtelière.
  18. Chapelle castrale : chapelle attachée à un château (dite "palatine" quand elle est attachéee à un palais, etc.)
  19. C.-M. de Talleyrand-Périgord : Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord (1754-1838). Ecclésiastique contre son grès il devint évêque d'Autun en 1788. Homme de pouvoir sous tous les régimes : agent général et député des Etats généraux sous la monarchie, Pt de l'Assemblée nationale et ambassadeur sous la Révolution, ministre des relations extérieures sous le Directoire (1re république), le Consulat et le 1er Empire, Pt du gouvernement provisoire, ministre des Affaires étrangères et Pt du Conseil des Ministres sous la Restauration, ambassadeur sous la Monarchie de Juillet ! diplomate exceptionnel, Homme des lumières et libéral, il était également surnommé "le diable boiteux" ! Il était à la fois célèbre, pour son cynisme, ses vices et sa propension à la corruption, mais aussi pour son intelligence et son pragmatisme visionnaire (qui lui a en tout cas permis, en cette période plus que troublée de mourir tranquillement dans son lit à l'âge de 84 ans !).
  20. Condorcet : Marie-Jean-Antoine-Nicolas de Caritat Marquis de Condorcet (1743-1794), ancien élève des Jésuites, était un intellectuel brillant comme peu d'époques en ont connu. A la fois mathématicien génial comme le montrent ses travaux sur le calcul intégral, les probabilités et les statistiques, mais aussi philosophe des lumières et politicien, il était Secrétaire de l'Académie des sciences et de l'Académie française. Très éclectique et foisonnant d'idées, il défendit la cause de femmes, se prononçant pour leur droit de vote (il fallut attendre plus de 150 ans et le général de Gaulle pour que ses idées soient reprises), il fut l'un des responsables de l'adoption du système métrique, il était opposé à la peine de mort et défendit Louis XVI (!), il proposa un système d'assurances agricoles et de mesure du risque. Enfin il fut à la source de ce qui deviendra l'éducation nationale. Malheureusement, en cette période politique révolutionnaire difficile, il devenait trop gênant : il mourut en prison, probablement assassiné et son corps fut jeté en fosse commune.
  21. M.-E. de Talleyrand-Périgord : Augustin-Marie-Elie-Charles de Talleyrand, Duc de Périgord (1788-1879 ) marié en 1807 à Marie-Nicolette-Appoline de Choiseul-Praslin (1789-1866) (fille de César-Hippolyte de Choiseul-Praslin et de Louise-Joséphine de Choiseul-Esguilly),. Ils eurent un fils Augustin-René-Adalbert-Paul de Talleyrand-Périgord (1811-1879) et une petite-fille, Cécile-Charlotte-Marie de Talleyrand-Périgord (1854-1890)' qui seront parrain et marraine de la cloche de l'église St-Jacques installée en 1872
  22. A. de Choiseul : Albéric-César-Guy de Choiseul-Praslin (1787-1868) Comte de Praslin, Pair de France. Frère de Marie-Nicolette de Choiseul-Praslin.
  23. Érection canonique : décret d'un évêque donnant naissance à une paroisse, conformément au droit canon (recueil de règles et décisions solennelles)
  24. Collation : vient de "cloître" . Dans la soirée les moines se réunissaient pour une discution autour d'un thème, c'était la collation. Après cela un repas très léger ou un simple verre de vin leur était servi : d'où l'évolution actuelle du terme. Une église curiale pouvait être désignée "à la collation" d'un abbé, c'est à dire était gérée et animée par celui-ci
  25. Mont-Reuillon : En 1287 l'expression "Ecclesia de Tesgono vulgater dicitur Mons-Rumilionis" (L'église de Tesgone appelée communément église de Montreuillon) (cf. Epin1989) montre que le village est dorénavent appelé Mont-Reuillon
  26. Dédicace d'un édifice religieux : consécration de l'édifice au culte, sous l'égide d'un Saint-patron
  27. Conseil de fabrique : une communauté paroissiale catholique désignait une équipe chargée de collecter et gérer les fonds de la paroisse. ces personnes étaient aussi appelés marguilliers après le xiiie siècle. Avant cela, le marguillier était seulement chargé de tenir le registre des pauvres recevant l'aumône des églises.
  28. Théodore-Augustin Forcade : prêtre des missions étrangères. Homme de caractère qui se faisait appeler simplement "Augustin", il exerça son apostolat en chine, en Guadeloupe, devint Évêque de Nevers de 1860 à 1873 et Achevêque d'Aix-en-Provence jusqu'à sa mort en 1885. Doté d'un remarquable esprit missionnaire, il portait une grande attention aux pauvres (en guise de mise en condition de ses ouailles, il invita une vingtaine de miséreux à sa table lors du banquet qui suivit son installation à Nevers). En 1858, il enleva Bernadette Soubirou de l'Ecole des indigents de l'hospice de Lourdes pour qu'elle suive gratuitement les enseignements des soeurs de la Charité de Nevers. Il reçut ses voeux perpétuels en 1866 et sa profession de foi en 1867. Il attrapa le choléra à Lançon-de-Provence en rendant visite aux malades et il en mourut en 1885.
  29. Audi quaeso vocem Domini quam ego loquor ad te et bene tibi erit et vivet anima tua : "Obéis à la voix de l'Éternel dans ce que je te dis, afin que tu t'en trouves bien et que tu vives" Jérémie 38:20
  30. MDCCCLXXII : 1872
  31. Antéchrist : dans les textes judaïques, chrétiens et musulmans anciens et les croyances de certaines sectes modernes, un anti-messie, imposteur maléfique, doit apparaître lors des épreuves précédant la fin du monde. Dans les Manuscrits de la mer morte, les "fils de lumière" se lèveront alors et écraseront les imposteurs. Ce sera la fin du monde et leur royaume de paix, de justice et d'équité sera éternel ...
  32. Saint-Maurice : Est ce parce que Saint-Maurice était centurion romain et que cela rappelait l'origine romaine de la "villa" ?
  33. Apanage : l'héritage ne devant pas être éclaté entre les enfants, seul l'ainé le recevait dans son intégralité. Cependant, pour éviter les guerres et les assassinats familiaux, des fiefs étaient attribués en alleux aux membres puînés (nés après) de la fratrie. Ces derniers en percevaient les revenus mais en cas de décés sans héritiers mâles, tout revenait à la lignée de l'ainé dont ils étaient vassaux
  34. oblats : laïcs qui étaient donnés enfants par leur parents (pour qu'ils reçoivent gratuitement une instruction) ou qui se donnaient eux même à un monastère et qui en vivait la spiritualité. Les oblats pouvaient être mariés ou pas et ne prononçaient pas de voeux.
  35. Confession : encore de nos jours, la confession protège les services spéciaux du Vatican des menaces de chantage en cascade. Quand un prêtre a pu avoir quelques faiblesses coupables avec une jolie Mata-Hari professionnelle (procédé largement utilisé par les services spéciaux de toutes origines), il se confesse et l'affaire est classée au niveau de sa hiérarchie à défaut d'être pardonnée par Dieu !
  36. bourgeoisie et révolution : pour ne citer qu'un exemple, qui racheta les biens confisqués par l'État révolutionaire ? ceux qui en avaient les moyens financiers, … les bourgeois !

 

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