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Histoire

La grande famine de 1710 en Morvan

Extrait des registres paroissiaux de Vauclaix

Aux jeunes générations "pour servir de mémoire et d'instruction" !


Dans cette vieille maison de Montreuillon où lui-même enfant s'imprégnait de la parole des anciens, il était entouré de quelques uns de ses petits et arrières-petits-enfants, leurs yeux attentifs brillaient de l'imminence du mystère…
et "Jean-l'aviateur" racontait …!

 

La Grande famine de 1710
La Grande famine de 1710

 

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Vous trouvez que Montreuillon est un très joli village où il fait bon vivre, être en vacances et chaque jour vous prenez de bons repas jusqu'à en être rassasiés.

Mais ceux d'entre vous qui se souviennent ou qui ont vu à la télévision, qu'en Afrique ou à Madagascar des enfants malheureux se battaient sur des tas d'ordures avec les rats et les chiens pour manger, imaginent difficilement qu'à une époque, leurs ancêtres, des gens de leur propre famille, mouraient de faim comme eux.

C'est l'histoire d'une grande famine telle que l'a décrite le curé de Vauclaix (village situé à seulement 7 kilomètres d'ici) que je voudrais vous raconter aujourd'hui, celle de 1710, au temps de Louis XIV, "Roi-soleil" et de son magnifique château de Versailles !

source : extrait des registres paroissiaux de Vauclaix
(signé par Luc Pirandré curé de Vauclaix de 1710 à 1716)

Le grand hiver

L'hiver de 1708 à 1709 fut si rigoureux et si long qu'il se reprit à trois fois et dura jusqu'au mois de mars avec grandes glaces et neiges, que tous les noyers des bons pays moururent et la plus grande partie des arbres fruitiers et dans le Morvan les genêts et les houx moururent en pieds.

Tous les froments et les seigles furent perdus, non seulement dans ce pays du Morvan, mais dans tout le royaume ou il en reste si peu en quelque endroit, comme en cette paroisse de Vauclaix que l'on ne sema pas la huitième partie des bons grains que l'on semait ordinairement, quoique on y employe du blé vieil, et les grains furent si chers, que le froment valut jusqu'à treize livres le boisseau de Lormes, le seigle dix livres, l'avoine quatre livres dix sols et jusque cent sols, et les autres menus grains à proportion.

La misère

Ce qui dura plus de quinze mois, et réduisit les pauvres qui étaient en si grand nombre à une si grande misère qu'on les voyait brouter de l'herbe comme les bêtes dans les champs et une grande quantité moururent de faim.

D'autres pillaient et volaient partout et mettaient le feu dans les toits à bestiaux pour en manger après qu'ils auraient été brulés. Dans le temps des semences de 1709, le seigle valut jusqu'à 15 liv. le boisseau de Lormes. Les vignes gelèrent aussi, si bien que dans les années 1709 et 1710, le vin valut jusqu'à 50 livres la feuillette qui en 1708 ne valait que 50 sols , et le seigle 14 et 15 livres le boisseau qui n'avait valu que 14 et 15 sols , ainsi des autres grains ce qui causa une famine générale et réduisit les hommes à un tel état que la plus grande partie ressemblaient plus à des squelettes qu'à des hommes vivants.

Je ne parle pas seulement des pauvres villageois, mais des bourgeois des villes qui se trouvaient fort heureux, après avoir mangé à leurs ordres le pain de froment les années précédentes, de se repaître avec leurs familles, dans ces mauvaises annnées, de pain d'orge et d'avoine.

 

Enseignements

Ce que je certifie très véritable à la postérité pour lui servir de mémoire et en même temps d'instruction. Car les années d'abondance les hommes faisaient dégats des biens que Dieu leur avait donné.

On voyait les jours de fêtes et dimanches les cabarets plus pleins que les églises . les hommes qui en sortaient faisaient des actions indignes de leur caractère, se rouler comme des porcs dans le vin qu'ils regorgeaient. Je laisse à part les jurement, les blasphèmes et les paroles honteuses qu'ils proféraient.

Les autres, qui étaient plus sages, tant de l'un que de l'autre sexe, ne trouvaient aucun grain à leur fantaisie, ou il était trop chargé, ou il n'était pas bien vanné ou il faisait les vieils, ou il avait mauvais gout. On le machait, on le crachait, on on le jetait par terre, en un mot, on méprisait les biens de Dieu ou on en faisait un très mauvais usage

C'est pourquoi Dieu nous a justement frappé par ce que nous ne méritions pas d'avoir. Fasse le ciel que nous ne vivions jamais plus un si grand malheur.

Ainsi soit-il.

 

Michel Partiot Académie du Morvan ‑  mars 2014

(à partir du fond documentaire de Jean Partiot Académie du Morvan†)

En savoir plus sur le thème

  • Baudiau J-F., 1854 et 1867. Morvand ou Essai géographique, topographique et historique sur cette contrée, Ed. Fay père et fils, Nevers.
  • Virol M., 2003. Vauban: de la gloire du roi au service de l'État, Ed Champ-Vallon - 432 p.
  • Bouchoux C., 2014. Vivre et mourir en Morvan du XVIe au XVVIIe siècle, Bull n°77 Académie du Morvan, Château-Chinon
  • Site Web de Vauclaix (7 km)

 

 

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